16.02.2009
La mort bleue fume un ange
La mort bleue
J’ai vu la mort en bleue, glace et miséricorde.
Abîmée de sommeil je m’y enfoncerai,
Toute larme enchâssée dans son indifférence,
Nue, transie et seule comme au premier matin.
Quand le temps non échu, la vie nous choit des mains,
En l’hiver du cœur, pilé de désinvolture,
Un sommet froid est linceul où s’ensevelir,
Blanc hautain effleuré d’un pinceau bleui d’ombre.
L’esprit qui s’éteint de sa propre volonté
Scelle la preuve ultime de son humanité.
Supporter de saigner sans révolte ou refus,
Est un lot de bête tristement résignée.
Celui qui se posant au crissant des creux bleus,
Tue la douleur qui lui bat jusque dans la gorge,
Ne trouve nulle paix. La paix est pensée de chair.
Le corps d’où l’esprit fuit est chose sans repos.
J’ai vu la mort bleue et je me suis souvenue,
Que je marchais à elle déjà sans le savoir.
On meurt d’être trop peu aimé, de trop mal vivre,
Fouetté crûment de pleurs, de béance et d’absurde.
Fume
Je danse comme on tremble sur un tapis de braise,
Je marche comme on meurt sur un fil de fer froid.
Ni sang, ni cri ni larmes n’en gouttent au passage.
Trop polie, et trop fière et bien trop attentive
Pour verser sur autrui cette pluie si fragile.
Mais la brume me cherche et nul vent ne me sauve.
Mon rire est un tocsin, ma voix un chant qui tombe.
Je perds mes mots d’amour sur le chemin des sourds,
Des fous, des assombris ou des trop malheureux.
Je me suis enflammée sur leur tendresse en paille.
Je n’ai pas su qu’ils brûlaient depuis trop longtemps
Et que pour m’aimer il ne leur restait que cendre.
Autour de moi s’enroule une fumée sournoise.
J’avance au pas de ruine où ses bras gris m’attirent,
Déjà mes cheveux fuient dans l’écrin de sa bouche.
Elle m’aura de fatigue dansante et marchante,
J’y plongerai mes mains où nulle tête ne pose
Et je me tairai comme une statue de temps.
Un ange
Ce jour le temps des fleurs n’est pas encore venu
Mais il luit en moi comme un franc reflet de miel.
Il porte un enfant grave, délicat bourgeon,
Un ange à peau tiède et lisse, au regard de mer,
Nourri de chaleur, de nuages, de pétales.
Tu le vois, tu souris, mais tes mains sont chargées,
Pour juger son poids tu ne l’as pas soulevé.
Il attend, sage et calme, sans s’impatienter,
Que la douceur de son nom, que ses doigts d’étoiles,
Te ravissent, t’apprivoisent et te touchent au tendre,
Que te penchant vers lui, assis dans l’herbe humide,
Tu ouvres enfin tes bras pour l’y mettre à l’abri.
Il y vivra serein, ne te fâchera pas,
Se serrera à toi, y étendra la paix.
Comme s’il avait mille ans, il sait le coût de vivre,
Il sait qu’il est trop rare pour qu’on le tue d’oubli.
15:08 Publié dans Poèmes et dessins | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, amour, poésie









