18.11.2009
Ecrire à la hache
Un souvenir de grâce, précieux petit morceau de durée et de conscience, s'écrit non pour le conserver, l'esprit étant cathédrale de mémoire qui n'oublie qu'à grand peine, non pour l'épingler comme papillon de collection d'un maigre trait descriptif. On l'écrit pour en sucer plus lentement la moelle, le jouer sur une scène moquettée de mots d'émoi, le repeindre de frais en crayons suaves, ou le poser sur une page souple comme tapis volant pour y balader un peu l'esprit des autres...
Mon fils a trois ans, cet âge de petit pain chaud où l'enfant absorbe jusqu'aux os l'amour qu'on lui tend d'un cœur ravi. Je l'emmène se promener, comme chaque jour, en lui fredonnant un lai de mille ans, au flanc bienveillant de la montagne qui abrite le petit chalet de bois verni, bravement planté à 1700 mètres d'altitude, où je vis avec son père, nos trente ans et nos trente chiens de traîneaux. L'automne respire tranquillement en sa fin toute proche. Une source translucide et glacée jaillit en vocalises de cristal de la prairie où nous nous arrêtons. La jeune chienne samoyède, blanche et douce comme le parfum de laine de sa fourrure, danse et jappe de gaieté. Autour de nous, se déploient la vastitude de la vallée, la netteté des crêtes, la rousseur tendre de la forêt de mélèzes, la fraîcheur des jours annonciateurs de neige. Mon enfant contemple gravement cette splendeur qui touche jusqu'aux larmes du ventre et nous embrasse tous deux. Dans ses petites mains écartées en étoiles et serrées l'une contre l'autre, repose une dernière orchidée sauvage oubliée par le froid. Sa joue de pastel, ronde, parfaite, se découpe sur le paysage, une mèche fine s'arrondit vers ses yeux, se prolongeant dans l'arc précis de ses cils, en harmonie plus profonde encore que la beauté des sommets. Je suis alors saisie d'une joie si dense qu'elle s'enroule aussitôt en manteau d'éternel. Tous les instants ultérieurs de ma vie, je l'apprends là par évidence, ne l'égaleront jamais.
« La phrase la plus tendre doit s'écrire à la hache », pose Christian Bobin, le sorcier des mots, dans son dernier opus. Or donc je m'y essaie, sans trop savoir ce qu'il en coûte, sans trop juger ce qu'il en goutte, creusant, pour ciseler le souvenir, dans la chair de cette joie dont la force même fut pour moi douleur. Je m'y essaie un peu, avec la sotte prétention peut-être qu'elle en est digne un brin, pour l'entourer d'un écrin de plume que je suspends à ce léger fil, sur lequel d'autres yeux aimablement se posent.
Yeux qui regardent aussi, à l'aventure ou à l'habitude, leurs propres mains palpiter pour écrire; des notes, des idées, des vers, des histoires, des réflexions, des cris, des colères, des tendresses ; une fois, quelquefois, souvent, tous les jours ou toutes les nuits. Etres finis, nous traçons des lettres et des mots en nombres finis, mais c'est une diversité infinie qu'à nous tous, les vivants et les morts, nous enfantons. Nous écrivons ce qui est échu, en nous ou autour de nous, mais assurément aussi ce qui ne sera jamais : nous écrivons les souvenirs d'esprits qui n'existent qu'en l'abri du nôtre. Nous sommes des récits de peau qui inventons des récits de possible.
On écrit pour soi, seul à jamais dans le fond de son être, des choses adonnées aux tiroirs, que liront seulement, peut-être, un fils, petit-fils ou collatéral, un soir prochain où nous ne serons même plus des ombres, un matin lointain où nous ne serons même plus des noms; il s'en émouvra ou s'en moquera, selon la sensibilité, la curiosité, la cruauté du temps.
On écrit pour les autres, en imaginant un collier de visages travaillés par nos mots, des choses espérées laisser quelque trace, que liront peut-être d'inconnus amis tentés d'écouter notre voix d'encre leur parler un peu, d'un chuchotement de page qui se tourne, des heurs, malheurs et énigmes de notre humanité commune, de l'opacité et de l'étendue des choses.
J'écris pour moi, pour vous. J'écris parce que juchés sur l'épaisseur de nos mots, ces petits paquets troublants poursuivis, retenus, meulés, ajustés jusqu'à la vérité, on est un peu plus grand que soi. J'écris pour la solitude et le partage, la nostalgie et l'empathie, pour mieux jouir de l'image du monde, le voiler et le dévoiler. J'écris par fidélité à ce qui demande à sortir du silence.
Mais j'écris aussi pour ce qui ne pourra jamais l'être; on ne peut presque jamais écrire les choses indicibles; de ces choses où le tremblement de larmes d'enfant brûle à l'acide un cœur de mère.
Alors j'écris pour ne pas les geindre.
12:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (62) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature, enfance, mémoire, christian bobin







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Commentaires
Merci Sophie pour ce coup de hache fracassant !!
Si votre enfant vous lit et a déjà les capacités d'apprécier votre écriture ne serait-ce qu'à la moitié de sa valeur, il doit être le plus comblé des fils.
Ecrire un souvenir est aussi une façon de le figer. Vous ne l'auriez pas écrit de la même façon le jour même, comme vous ne l'écririez pas pareil si pour la première fois dans 10 ans.
Pourtant, si vous vous décidez à le réécrire un jour, nul doute que votre mémoire sera autant marquée par votre souvenir de l'instant que par celui de cette retranscription. L'état d'esprit lors de la retranscription de ce souvenir façonne le souvenir lui-même.
En tout cas, vos 30 ans font envie !!
Amitiés,
RémiZ
Ecrit par : RemiZ | 18.11.2009
Merci beaucoup, RemiZ.
Je suis d'accord avec vous, la mémoire est une construction, un récit sans cesse retravaillé, tant et si bien que nous faisons au fur et à mesure les récits de récits. Nous ne sommes rien sans notre narrativité.
Mon fils est en ce moment un jeune et fort chevalier impavide, qui construit sur son enclume les pièces de son armure (au sens propre, et figuré aussi, peut-être...). Nous parlons de Moyen-Age et de philosophie. Un jour peut-être il demandera lui-même à lire ce que j'écris; je ne veux peser en rien.
Ah, mes 30 ans en haut sur la montagne... Je n'en suis pas complètement descendue !
Amicalement aussi.
Ecrit par : Sophie | 18.11.2009
Aucune halte ici ne laisse tranquille (sourire)
Je m'absente, doucement, bouleversé.
Que les jours à venir soient tissés de douceur et de tendresse.
michel.
Ecrit par : michelgonnet | 18.11.2009
Merci beaucoup, Michel. Votre intranquillité me touche !
Je vous souhaite en retour les mêmes et bonnes choses.
Ecrit par : Sophie | 18.11.2009
Certaines de ces haches ressemblent à des casse tête
mais à défaut de se mettre martel il faut s'ouvrir aux autres et à ses bruits intérieurs qui parfois débordent dangereusement.
"Graphomane pas gras ni nymphomane !"
L’amour immodéré des mots rend sinon maniaque et totalement addictif, du moins conditionne largement l’organisation du temps libre, limitant l’intérêt de l’échange avec les autres à sa plus simple expression fonctionnelle là où le dialogue permanent avec soit même garantit auto écoute et nombrilisme.
Ce superbe isolement tour- d’ivoirisé n’est pas toujours du goût des autres et vous transforme en risée et sujet de quolibets fréquents à qui ne laisse lire, voir, penser ni comprendre facilement.
Il faut dire que quand on ne choisi pas la facilité rapidement la consonance vous ramène à débilité et désir de singularité.
Pourtant quoi de plus naturel que d’assumer son être sans chercher à le résumer de manière simpliste ni vouloir le donner à percer à jour comme une poêle à marrons.
Les marrons pour sûr on les trouve à défendre des positions parfois peu enclines à la tolérance évidente et qu’on commence par interpeller tout un chacun avant même que d’acquiescer à des comportements pas toujours acceptables.
Alors on écrit pour non pas se donner de l’importance car elle est dans ce qui est et pas dans ce qui se dit, elle est ontologique comme la suite d’un parcours logique entamé souvent il y a fort longtemps.
Oui on écrit pour combler des manques et des vides, souligner des creux et imager des bosses mais surtout pour tracer des états, des pensées, des souffrances dans notre rapport à l’autre, cet autre nous même qui nous révèle étrangement limites et engorgements, goulots d’étranglement et manque d’oxygène.
Eh puis ce rapport au monde n’est pas aussi anodin qu’il y paraît et derrière un souvenir une anecdote se cache souvent une blessure, une attention, un secret !
Les mots j’aime, à la volée et la brassée mais pas au point de m’en rassasier continûment car les blancs, les silences, les intervalles sont autant de prise sur un instant.
Alors oui graphomane je ne retire rien de cette copulation sauvage et impromptue quand la feuille blanche se prête au jeu et que je me repais de ces longs jets sinueux qui viennent la maculer et tracer en marques indélébiles des humeurs où l’hypogastre à sa part mais l’hippocampe aussi campe des positions imlpossibles.
Ecriture pas semi automatique même si on peut tirer quelques coups en suivants c’est d’abord une forme de persuasion à cocher, entailler un almanach vulgaire.
Ecriture rhapsodique elliptique et d’un abord déconcertant ce n’est pas la spirale qui converge vers ce centre ultime du je.
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"Ecrire encore et toujours"
Quand Jean Birnbaum écrit, à propos d’Orwell, « l’écriture n’a qu’une vocation, briser la solitude des hommes, les aider à créer des liens ».
On peut toujours en douter en pensant à ces milliers de feuillets qui jamais ne tomberont sous des yeux comme on tombe sous des balles pour une exécution finale, mais au poteau de l’infamie on n’a pas convoqué ceux qui n’écriraient que pour eux dans cette tentative désespérée d’auto-construction qui pourrait leur faire perdre toute mesure.
Certes il y a des personnes qui comme dans l’autoportrait cherchent juste un reflet de leur être et moins visuel que spirituel étalent leur être dans une tentative pathétique d’échapper aux ravages du temps mais jamais contents ne peuvent se résoudre à accepter ainsi leur destin tragique.
Mais enfin rares sont les écrits qui terminent au fond d’un obscur placard ou au fond d’une valise car toujours les écrits sont pistés comme des traces de vie, d’évitement et d’évidement et évidemment ils recèlent des plaies et des bosses mais donnent en creux et parfois en plein à contempler des âmes qui s’amenuisent et s’effilent en pointe pour décrire ce besoin souvent ontologique de la grégarité.
Flamboyance du verbe et desséchement du cœur, dans un déchaînement de passions on retrouve bien les obsédantes questions en boucle qui nouent des vies fragiles et consomment des moi agiles, pour autant nous ne pouvons nous départir de ce regard triste qui parfois reste coincé dans un coin de nous même à moins que d’aller à la rencontre de l’autre, cet autre nous même qui pourrait partager même de manière négligeable ou négligée un fardeau trop pesant.
Une forte inspiration, une bouffée d’air, un buvard consciencieux, voici ce qu’offre la plume et plus encore quand l’encre a plu comme le fond voudrait plaire et que sans jeter plus sa gourme que l’ancre on voudrait amarrer aux mots chamarrés des réalités moins obsessionnelles.
Ecrit par : thierry | 18.11.2009
Merci, belle Sophie. Tes mots m'ont touché dans mes 50 berges et ta montagne magnifique et tes samoyèdes je les ais presque sentis sous mes doigts. Je t'envie tes 1700 mètres d'altitudes et le froid cousu d'ors gelés qui offre de jolis pastels aux joues de ton enfant.
Serait-ce abuser que de vouloir savoir où se niche ton chalet, même en gros ?
Écrire, voilà bien là où se creuse entre mes côtes un point d'interrogation un peu douloureux. N'est-ce pas aujourd'hui la pire des malédictions que de vouloir écrire pour être lu par d'autres yeux que les nôtres ? La faible fréquentation de mes blogs m'en est témoin, 6 milliards d'êtres humains c'est peu, vu sous cet angle.
Ecrit par : jean | 18.11.2009
Pour écrire à la hache faut il se forger des convictions tel vulcain et marteler des idées pour que entre enclume et enluminure trouvent place celles ci ?
Ecrit par : thierry | 19.11.2009
@ Jean
Je te remercie, Jean. Mon chalet se nichait dans la vallée du Champsaur, Hautes-Alpes, au flanc d'une montagne à gentianes bleues, bergers anciens à chapeau noir et neige profuse... Je dis "se nichait" et non "se niche" car ce souvenir est un grand garçon d'une quinzaine d'années, et que je suis à présent sur le chemin qui mène, sur une petite poignée de cailloux d'années, vers ces 50 berges !
Malédiction, oh non, pas d'accord ! Continue, écris ! De nos jours, plutôt que dormir en tiroir, nos petites ou grandes créations peuvent toucher quelques paires d'yeux... Peu importe le nombre, la qualité compte, dirais-je si ce n'était pas un peu présomptueux de ma part, étant donné que je te lis ! Et puis 6 milliards, tu t'en fiches, c'est un peu trop pour une seule plume, même bien faite...
@ Thierry,
Merci, Thierry, pour ces mots si justement ajustés.
Enclume et enluminure, en effet, mon fils (qui est en section Arts Plastiques !) manie pas mal les deux et se martèle ainsi un joli monde.
Bien vu, le "regard triste coincé dans un coin de nous-mêmes" qui s'essaie au partage pour s'en décoincer... Bien vu aussi, la blessure derrière le souvenir...
Je suis assez d'accord, l'autoportrait n'est pas en général ce qu'il y a de plus intéressant, mais cela dépend un peu de qui tente de se portraiturer ! Heureusement que Montaigne s'est résolu à se peindre !
Hypogastre et hippocampe, que voilà des images et des mots bons à mâcher !
Ecrit par : Sophie | 19.11.2009
---> Bonjour, chère Sophie,
Le livre de la vie s'écrit avec les mots de tous les coeurs, et les tiens sont comme une seule page qui rayonne sur les feuilles de ton coeur dont la beauté émerveille le mien, car il subsiste en lui un état crépusculaire qui illumine le silence que je garde comme un printemps éternel.
Merci pour cet instant de belle prose, Jack qui t'envoie ses plus sincères pensées poétiques.
Ecrit par : © Jack MAUDELAIRE | 19.11.2009
Merci, Sophie ! j'ai lu le coeur étreint aux larmes et j'avais des images venus de tes mots, et l'émotion puissante en geyser à fleur de peau, à fêlure d'âme, tes mots-force ont fait mouche et impact jusqu'au plus profond, merci !
Ecrit par : anne des ocreries | 19.11.2009
@ Jack
Merci, cher Jack, pour cette page que tu vois.
A lire chez toi tes poèmes, on se dit que ton silence est puissamment illuminé par cet état crépusculaire, qui paraît donc se confondre avec belle aube naissante.
Sincèrement amicalement.
@ Anne
Je te rends grâce, belle Anne, belle âme, pour ces mots ravis qui me touchent au coeur, et pour ce geyser ressenti ! Porte toi bien en ton domaine des Ocreries !
Ecrit par : Sophie | 19.11.2009
Chevalier des mots qui sur sa monture brasse à grand traits, trace avec attrait de folles arabesques pour déployer
hache, marteau ou bien fléau, alors tranchons et soyons dans le vif du sujet,à coeur, à vif !
"Quand j’écris je crie"
Pourquoi libérer le mouvement des mots trop longtemps retenus,
Pourquoi chercher dans l’absence des souvenirs ténus
Si la plume est légère et soulage volète fluette, pas obsolète
C’est qu’elle est porteuse d’espoir et parfois complète
Du hasard la nécessité et tempère la vivacité
Que possède l’oralité toute de spontanéité
Trouver, chercher, donner avec ou sans emphase
Ce que peut apporter la mise en phrase
Douter, inspecter, ratiociner la pellicule
Des jours qui imprime et ressasse
Déposer une partie du contenu de sa besace
Emporter sur la feuille du temps les écueils
Pour traiter de l’urgent sous forme de recueil
Mais ne pas oublier la voix qui entrevoit la voie
Jamais le trouble n’est complètement à claire voix
Entre ombre et lumière dépasser l’obscurité des existences
Marquer la luminosité et l’abondance par des stances
Enfiévrer d’un peu d’énergie soudaine
Mais ne pas monter en manière mondaine
Le texte donne à penser et à nourrir
Pourtant nous allons tous un jour pourrir
Ecrit par : thierry | 19.11.2009
Merci Thierry, pour ce superbe poème. "Quand j'écris je crie", mais on écrie aussi pour ne pas crier...
"Entre ombre et lumière dépasser l'obscurité des existences
Marquer la luminosité et l'abondance par des stances", j'approuve de tous mes crayons, plumes, claviers et tentatives de pétrir les mots...
Portez-vous bien.
Ecrit par : Sophie | 20.11.2009
"...ciseler le souvenir", ce mot correspond bien à ton style. Et les fonds si profonds...Moi qui aime rebondir sur les mots des autres, ici j'ai l'impression d'être transformé en haricot sauteur et je suis handicapé par ma brièveté. J'aime beaucoup ta prose que je lirai mieux dans un bon gros livre au coin du feu que sur mon netbook...Avec toi, les points de suspension sont indispensables, il y a trop de choses à dire, ou alors, ...se taire...mais je tenais à te dire...te lire...c'est beau...
Ecrit par : Vieux marmot | 22.11.2009
Merci beaucoup, Vieux marmot, tes compliments délicats me touchent infiniment. Je suis fière de parvenir à te changer en haricot sauteur, et ta brièveté, relative d'ailleurs, en aucune manière ne t'handicape à mes yeux !
Un livre à lire au coin du feu, oui... Je voudrais le faire... Je vais le faire.... Mon histoire de l'an 1270, pleine de bruit et de chevaliers, est restée chez moi, adonnée au tiroir... Il faut donc que j'essaie à nouveau avec une histoire de l'an maintenant...
Amicalement
Ecrit par : Sophie | 22.11.2009
je suis éblouie par la qualité de ce texte et des échanges qui l'entourent
merci de votre passage chez moi, je repasserai c'est certain !
Ecrit par : colette | 23.11.2009
Bienvenue, Colette, et merci pour votre gentil avis. Passez et repassez tant qu'il vous plaît. A bientôt donc, chez moi ou chez vous.
Ecrit par : Sophie | 23.11.2009
tu as raison il faut exiger l'immodéré pour aller au fond de l'indicible ....
tilk
Ecrit par : tilk | 25.11.2009
Bienvenue Tilk, merci de ton passage.
Le fond, on ne le trouve probablement jamais... Mais tes toiles chez toi en parlent, me semble-t-il.
Au plaisir de converser à nouveau.
Ecrit par : Sophie | 25.11.2009
Bonjour Sophie,
Je suis toujours ému quand je termine la lecture de vos textes. Mais vos textes ne sont-ils pas écrits pour cela?
Vous évoquez le Champsaur, à moins de deux heures de chez moi. Comme c'est beau!
Vous évoquez l'écriture, ces mots que nous lançons dans des bouteilles que des océans calmes ou violents vont porter à qui se donnera la peine d'ouvrir le billet.
Ecrire pour soi, par peur d'oublier,
Ecrire pour dire ce que nous n'avons pas osé dire,
Ecrire pour dire, je pense à vous,
Ecrire pour s'octroyer une parcelle d'éternité
Ecrire pour se donner du plaisir en le partageant avec l'autre.
Ecrire pour se donner une belle journée,
Pierre
Ecrit par : Pierre Delphin | 26.11.2009
Bonjour cher Pierre, et merci pour votre émotion.
Vous connaissez donc le Champsaur ? Une vallée splendide, où le béton n'a poussé que sur la station d'Orcières-Merlette. Le reste, c'est pour la forêt, les fleurs, les flocons, les marmottes, les chiens polaires, et les rêves réalisés.
Oui, nous avons tant de raisons d'écrire, telle laisser un petite trace de soi, fut-elle ténue comme l'épaisseur d'une feuille de papier... Je voudrais pouvoir écrire toute la journée.... Que la vôtre soit enluminée.
Ecrit par : Sophie | 26.11.2009
Ah oui sophie écrire, encore et toujours... mais par dessus tout de la poésie, comme une bouffée de bonheur concentré, une senteur entêtante... pour que la joie soit dans nos coeurs
"Poésie"
"Le poème va vers la beauté, l'amour, l'esprit de célébration, mais il se heurte, il doit se heurter aux puissantes pulsions du monde comme il va et à l'imprévisible dérision de l'évènement. Le poème doit donc surmonter ou s'engloutir, affronter l'opacité du réel avec les outils infirmes et les instants d'allégresse de l'écriture " H BOUCHAU
S’agit il d’une traversée vers une terre de beauté qui à travers le voyage balloté tisse des liens et accomplit une part du chemin pour donner vie à une représentation, matérialiser une célébration du lien dans l’attente.
Esprit voguant dans l’alternance des pleins et des creux, qui délie la langue et allonge la vue, cette définition questionnant à l’envie l’écriture et ses motifs, au-delà de l’esthétique sens des convenances montre combien il est difficile de résister à ces pulsions qui vous empoignent le poignet et vous forcent à gratter.
La construction qui s’ébauche sous nos yeux, petit à petit, entrecroise ses mailles dans des rimailles qui aimantent comme la limaille, le désir de partage et le don de ces mots éclaire aussi dans une folle envie de porter plus haut les couleurs de l’imaginaire bien que chaque fois nous soyons confrontés à ces mêmes limites non de crédibilité mais de ressort dans l’élasticité des phrases qui se tendent comme des draps et s’assouplissent sous le palais avant que de résonner bien loin dans le monde.
Passer l’écueil serait donc comme la barre des déferlantes du temps cet obstacle incomparable qui donne à peine à voir un horizon quand débouche la perspective d’un ailleurs et quand à constater l’inanité de tant d’efforts et la maladive habitude de reconstituer des univers parallèles dans des comparaisons troublantes, alors même que la joie ne quitte pas nos cœurs et les entraîne au loin dans un ressac vibrionnant.
Ecrit par : thierry | 26.11.2009
"Des univers parallèles dans des comparaisons troublantes", que faisons-nous de toute manière du réel ? Entre le récit que notre esprit construit du monde, et celui qu'il tisse sur une page d'écriture, quelle vraie différence ?... J'aime bien cette "élasticité des phrases"; ça me fait penser à ce que dit Pierre Michon, comme quoi la véritable matière de l'écriture, ce n'est pas le récit, mais le langage, ce "bloc noir d'énigme"... Bonne journée !
Ecrit par : Sophie | 27.11.2009
Et si l'acte d'écrire n'était acte d'écriture qu'à cause de l'existence du langage.
E qu'avant qu'il ait du langage , il y avait du corps , et dans ce corps un magasin de mémoire. Qu'est-ce que trois mille cinq cent ans d'écriture à côté des centaines de milliers d'années d'humanité ? A part , peut-être une arche de souffle !
Ecrit par : maud | 27.11.2009
Bienvenue Maud, merci de ton passage. Corps, langage, écriture, oui, le lien est puissant. Des dessins qui décrivent des corps et des choses, puis deviennent des signes symboliques constructeurs de sens, bâtisseurs de mondes... Récente, cette arche de souffle, mais ô combien précieuse ! Grâce à elle nous volons au-dessus de notre condition. Bon week-end... en écriture peut-être ?
Ecrit par : Sophie | 28.11.2009
Bonjour sophie, quand il est plus dur pour d'obscures raisons de noircir des pages on peut toujours se rabattre sur des morecaux plus anciens, en guise d'illustration.
"Eloge de l’écriture"
Qui nous force donc à écrire ces feuillets à l’encre sympathique si ce n’est notre conscience et notre désir de marquer de pierres blanches le chemin de notre vie; oh pas pour retrouver notre chemin, égarés que nous serions, mais plus par facilité ou convenance parfois ou encore mieux par souci du détail pour ne plus rien laisser dans l’ombre du sérail.
Qui peut bien envisager la vie par le biais de ces mots descripteurs d’états, qualificateurs d’humeur, conteneurs de sens, embrasseurs d’essence, afin de matérialiser de manière tangible une pensée trop vacillante comme flamme éclipsée, là où la chaleur des mots amène le tumulte intérieur à se dévoiler, et où les turbulences montrent dans la convection toute la connexité des vies.
Qui va enfin donner en pâture une part de soit même dans l’enclos de la page sans partir à la nage dans un océan de souvenirs qui n’aurait d’horizon que la fin d’un chapitre, comme direction qu’un intertitre et qui ferait voguer en compagnie habile de personnages désincarnés comme spectre décharnés.
Qui tient du récit le fil et manie la plume de manière habile jamais ne reconstitue de l’enfant le babil et si jamais il devait remettre le babil « on » il pousserait très loin le bouchon pour rassembler les hommes.
Qui a conscience dans le surgissement des phrases de la métamorphose qui habille la vision des choses, pas une anamorphose et encore moins une anastomose, les mots sont ces coursiers fringants dont on lâche la bride, qui prennent des tournants, des chemins roides et rapides, ils soulèvent tant de poussière comme souvenirs au cœur et sont au cœur de notre envie de dire.
Qui peut garder pour soit comme des secrets infamants le récit des amants enlacés comme ces mots entrelacés qui ceinturent une situation, lui donnent une existence martelée dans la stance, et enivrer par tant d’insolence toutes ces assonances qui relancent sans arrêt l’intérêt et le rythme.
Qui ne veut bercer son lecteur en somme de manière bête et bâtée devra s’employer comme un forcené à tenir plus que l’haleine, le souffle bien court et rapproché comme ces mots qui tricotent une maille dense et serrée, et font danser les phrases et qui jamais ne se lassent tant qu’ils ne glacent et figent une quelconque idée.
Ecrit par : thierry | 28.11.2009
c'est si vrai et si fort!
tellement que ça me va au coeur
Ecrit par : saadou | 29.11.2009
Kafka a dit que la littérature est la hache qui brise en nous la mer gelée.
Ecrit par : dominique boudou | 29.11.2009
Alors vive la débacle et que ces morceaux cisaillants donnent du saillant et du taillant, qu'ils se polissent aussi sous la rigueur du travail et du climat, et endurcissent les convictions. Aussi quand plus figé dans une quelconque certitude on laisse aller et remonter le flux des pensées passant à la convection forcée pour brasser de toute éternité dans la nuit polaire ces paquets de souvenirs et sauter de l'un à l'autre sur cette mosaîque animée dont le mouvement désordonné surprend et enchante tout à la fois.
Distention sans discrétion, qui éclate au grand jour et dissipe cette énergie sauvage, rentrée, qui ne demandait
qu'à s'affranchir de conventions pour restituer au pas à pas des passerelles vers les côtés, des ponts ouatés, des lignes de vie, des oasis aussi.
Ecrit par : thierry | 29.11.2009
Il ya dans la hache et ce fil aiguisé une propension à dénouer les fils intimes de la matière et aussi à interrompre des histoires, à effiler, à séparer des noeuds et finalement à tronçonner pour abattre des futs et libérer des souches.
Il y a dans l'écriture cette tentation rebelle à la poursuite aigue d'ombres qui tressaillent et défaillent, de souvenirs en demi teinte et à suivre le fil de sa pensée en oubliant pas les bifurcations et les ramifications du temps et des citrconstances.
Abattre du travail à force de force concentrée, d'attention donnée, de regard ciblé sur des points intricables et démembrer une histoire, dénombrer des victoires, des moins glorieuses aux plus structurantes.
Ainsi donc la préhension donne dans l'appréhension, le scintillement de la lame dans l'arc compassé et la matière concassée, le mouvement abaisse et rehausse, la gravité est bien présente et l'attente pesante, dans le droit fil l'habileté fait tout mais surtout ne fait rien taire, peut mettre à terre, et dans le tournoiement des idées qui giclent littéralement la matière se fait râle avant qu'orale, et quelques stigmates décorent encore longtemps après la coupe franche, la coupe claire, celle qui a éclaircie et donné d'une forêt de mots une clairière de sens, un taillis sous futé pour une belle consonnance. Que j'aime emprunter ces chemins de traverse, de halage en larges fondrières qui nous parlent d'aujourd'hui et d'hier.
Ecrit par : thierry | 29.11.2009
L'écriture est la profondeur de l'âme
Bonne fin de dimanche
Ecrit par : Bruno | 29.11.2009
@ saadou
Merci pour ce passage, je suis contente d'avoir su touché votre aimable coeur.
@ dominique
Merci Dominique, pour cette citation très opportune. Briser à la hache-crayon la mer gelée de nos roideurs, c'est si juste... La littérature est ce qui nous sauve. Sans elle, comme comprendrions-nous le monde mental des autres ?
@ Bruno
Merci pour ce passage. Les correspondances m'enchantent. Ame profonde sous la banquise gelée à percer d'un trait de crayon... Bonne soirée à vous aussi en vos photos d'aurore.
@ Thierry,
Bonsoir Thierry, dites, "d'obscures raisons" qui empêchent de noircir de neuf des pages, méritent qu'on s'y penche pour leur ôter ce néfaste effet, non ?... Ce qui n'ôte évidemment pas leur beauté aux pages anciennes; tout me paraît juste et profond.
L'habileté ne fait rien taire, j'adhère ô combien...
Ecrit par : Sophie | 29.11.2009
La raison n'en a cure mais le silence se régale quand à l'effet il n'est pas surfait, car à surfer sur la vague des blogs
on cotoie parfois des impasses; le néfaste n'est qu'apparent
s'imposer un mutisme de bon aloi ne peut être qu'un signe annonciateur de créativité mais dans un cycle de noria il faut bien toucher le fond et se remplir de nouveau d'envie et de désir au point de relancer la phrase de fond. Les pages anciennes jaunissent mais ne pâlissent pas, je ne sais dire si il s'agit d'habileté, tout juste le souci de rebondir sur de nouvelles idées pas encore vidées de leur substance. A cet égard un grand merci à dominique qui m'a tellement inspiré.
Ecrit par : thierry | 30.11.2009
Je suis contente pour vous que vous entamiez un tel cycle de créativité, ce qui, à voir la qualité de votre prose et de vos vers, fait augurer du meilleur !
Ecrit par : Sophie | 02.12.2009
Il faut juste reprendre son souffle et assurer sa contenance
placer sa voix et trouver sa voie, reprendre là où l'on a laissé quelques phrases en suspens une geste aérienne, déliée et moins assujetie aux pesanteurs du moment, se libérer aussi de peurs insanes et retrouver le sens du bonheur, envers et contre tout , comme une stance pour rythmer l'avancée maladroite ou maladive.
Ecrit par : thierry | 02.12.2009
C'est un grand plaisir de te lire car tes textes sont de grande qualité. A bientôt.
Ecrit par : ariaga | 04.12.2009
@ thierry
Thierry, vous allez vous envoler, porté par les ailes de vos mots ! A bientôt j'espère.
@ ariaga
Bienvenue, Ariaga, et merci de ton aimable compliment. j'espère aussi à bientôt chez toi ou chez moi.
Ecrit par : Sophie | 05.12.2009
@ J'ajoute, avoir un fils de trois ans, quelle merveille....je ressens comme un grand coup de vieux.... amitiés.
Ecrit par : ariaga | 08.12.2009
Bonsoir !
Honnetement ,ton blog a de quoi faire rager le bic d'un redacteur professionnel. :)
Ecrit par : easydentic | 09.12.2009
@ Ariaga
Merci, Ariaga, mais le coup de vieux est pour moi aussi, car ce souvenir est bien grand, il a presque 15 ans à présent...
Bien amicalement aussi.
@ easydentic
Bienvenue et merci de ton passage et de ton compliment. Professionnelle du bic, je le suis d'une certaine manière puisque je suis journaliste spécialisée, mais cette production n'a rien à voir avec ce que j'écris par ici...
Bonne journée et à bientôt, j'espère.
Ecrit par : Sophie | 09.12.2009
Coucou Sophie vous avez une plume qui vole j'envie beaucoup ceux comme vous qui arrivent a coucher sur du papier tous leurs leurs pensées soudaines. Merci pour votre visite sur le blog Amitiés André
Ecrit par : Bouchaud | 09.12.2009
Bienvenue, André, merci beaucoup pour votre aimable passage en provenance de votre blog si sympathique.
Pensées soudaines, qui ne se couchent cependant docilement sur le papier qu'au prix de quelques efforts de méninges, parfois éprouvants, parfois légers...
A bientôt j'espère, amicalement aussi.
Ecrit par : Sophie | 09.12.2009
Une plume remarquable... merci pour ces lignes en partage chère Sophie, douce nuitée et à bientôt
Ecrit par : Joëlle | 09.12.2009
Merci de votre passage, chère Joëlle au pinceau de lumière, et à très bientôt.
Ecrit par : Sophie | 10.12.2009
Chère Sophie,
Ce texte vous expose, comme souvent, à l'éloge. Je pensais d'abord, sous ce flot, au mot "dithyrambe" que j'oubliais vite en raison de sa valeur négative. J'avais aussi l'envie d'une exégèse appuyée aux mots de Bobin et Michon qui, dans le flot de parlotte où se noie la littérature, écrivent. Mais, la voix de l'écrit sur le support d'un blog ne se laisse pas entendre de trop vastes "comment taire ?"
Alors,
"Voilà.
Une lettre de vent.
L'amour s'envole
Comme il est venu.
Passager d'une larme,
Léger.
Une liberté vagabonde,
Sans repos
Ni demeure,
Sans refuge
Fragile.
C'est ainsi,
Voilà."
sans "h".
Ecrit par : Michel GROS | 11.12.2009
J'aime beaucoup votre référence à Christian Bobin
Ecrit par : Gérard | 11.12.2009
@ Michel
Bouquets de remerciements, cher Michel, pour cette si délicate exégèse. Le "h" est un soupir, oui, que l'on sème à tout vent... Présomptueuse suis-je sans doute, mais je vois dans cette liberté vagabonde et fragile que vous esquissez ici, un peu de moi...
"Comment taire", oui, c'est très juste... Comment taire avec des mots ce qui crie bien à l'intérieur...
@ Gérard
Bienvenue, Gérard, merci de votre passage. Christian Bobin, oui, j'ai découvert tardivement, et je me demande bien pourquoi je ne l'avais pas posé plus tôt près de mon oreiller aux rêves...
Ecrit par : Sophie | 11.12.2009
Phrases hachées, trésors cachés, vos stylos héraldisant sont des dignes porteurs des couleurs de la vie
pas d'onomatopées car au fil de vos écrits se déroule le récit à peine entamé, car à ne pas les feindre les cris de l'écrit qui donnent à peindre détresse et angoisse ne peuvent sans cesse résonner.
Pour l'indicible les regards se suffisent, les pensées se rejoignent, la communion des coeurs met en telle effervescence.
Insécables sont certains liens même distendus que s'en est un bien.
Ecrit par : thierry | 11.12.2009
Fin et perspicace, cher Thierry... Je n'ose par conséquent gloser plus avant sur votre analyse... Si ce n'est dire que je suis d'accord, la détresse se tait si la plume lui coud un peu le coin de la bouche; passe alors la vie, pas la mort... Je suis d'accord aussi, l'indicible est à deviner avec la pensée et l'émotion...
Ecrit par : Sophie | 12.12.2009
je suis revenue lire ce texte, par besoin...mais je ne peux y mettre des mots...
Ecrit par : saadou | 13.12.2009
Merci de revenir, suave dame saadou. Ces quelques mots-là, que tu as eu la gentillesse de mettre, te font déjà aisément comprendre... Et puis, comme dit l'ami Thierry, le regard parfois suffit, et les pensées se rejoignent...
Caresse pour moi les pierres, dorées au soleil couchant, de ta haute forteresse de Najac...
Ecrit par : Sophie | 13.12.2009
"On l'écrit pour en sucer plus lentement la moelle"
Votre "voix d'encre" ne manque jamais d'atteindre de ces choses intérieures qui sont pourtant habiles à se soustraire aux mots.
J'espère avec mélancolie avoir un jour le souvenir - en sa nature d'acmé - que vous décrivez, et la force de cette mélancolie tournée vers le devant m'évoque combien dut être précis votre coup de hache...
Je ne répéterai pas toutes les impressions de délicatesse, de finesse, etc. qui se répètent en moi en vous lisant ! ;-)
Ecrit par : Complexus | 15.12.2009
Mille mercis pour ce regard que vous posez ici, Boris. Je crains bien moins qu'autrefois d'essayer de toucher les choses intérieures, mais... en effet, pour évoquer cette joie entre toutes - la dernière chose sans doute, qui me montera au cœur, le jour où je devrai céder place..., j'ai du mettre le juste coup de hache pour ouvrir le ventre de cette douloureuse nostalgie où elle est enclose. Douloureuse mais si pleine de vie... Tournée vers le devant, c'est donc très juste ce que vous dites : ces souvenirs-là, qui nous fondent et nous charpentent, ne sont pas des morceaux de passé. Ils nous tirent vers l'avant, nous tiennent debout, nous poussent à continuer de rechercher l'or de la vie...
Amitiés de plume.
Ecrit par : Sophie | 15.12.2009
Que pourrai-je ajouter qui n'ait été dit? La première partie de votre texte chère Sophie est plus qu'émouvante, elle me porte entièrement à l'empathie. Je ressens ce que vous ressentez, ma main voudrait se tendre vers l'enfant pour, dans ce geste si doux des mères, remettre la petite mèche en place avec ses soeurs...à vous lire j'ai reçu en pleine poitrine la beauté du paysage, de l'instant, la fraîcheur de l'air, la netteté de la nature. Un instant, j'ai été vous. Bousculée d'indicible.
Pour cela, merci.
Quand à l'écriture, oui, d'abord pour soi, entre soi et soi, l'autre ne venant qu'après pour majorer la joie.
Amitié
Ecrit par : Désirée | 16.12.2009
Je vous rends mille grâces, ma chère Désirée, pour ces tendres paroles et pour cette empathie que vous m'avez accordée.
Entre soi et soi, oui,... c'est inouï comment l'intimité absolue de l'écriture s'accorde avec le partage qu'on en fait ensuite...
Merci aussi, par conséquent, pour votre écriture, qui me ravit.
Amitiés aussi.
Ecrit par : Sophie | 16.12.2009
Suis content de savoir cette réception. Pour précision, quand je désignais la mélancolie "tournée vers le devant", je parlais de la mienne, mon passé n'étant pas empreint et ne pouvant pas l'être d'un tel souvenir, mais mon futur me laissant l'espérer (mélancolie) voir. Alors ouf que l'expression n'aie pas été à contresens de votre propos, j'aurais été malheureux de laisser entendre que je le déformais à mon entente, et tant mieux si au contraire il y a écho.
Amitié de plume touchée de l'être.
Ecrit par : Complexus | 16.12.2009
Oui, j'avais bien saisi, cher Boris, que cette mélancolie tournée vers le devant était la vôtre, mais j'ai trouvé en effet qu'elle faisait écho au ressenti et à l'usage de ce genre de souvenir dans mon esprit...
Ecrit par : Sophie | 16.12.2009
Je vous souhaite un bon Noël Sophie, qu'il soit tout de miel et de tendresse, de chaleur humaine.
Amitié
Ecrit par : Désirée | 22.12.2009
Merci, ma très chère Désirée, pour cette si gentille attention. Je vous souhaite en retour, en cette période comme en toutes celles qui suivront, d'avoir le cœur en liesse.
Amitiés aussi.
Ecrit par : Sophie | 23.12.2009
Souci de l'urgence toujours, circonstances énergisantes encore, alors je vous offre cette nouvelle
"Vade me cum" (Livre ivre de nous emporter au loin et qui lentement livre ses secrets)
« Avec un livre dans la poche » j’en avais fait du chemin, toujours ce même bouquin comme un fétiche, un objet dont on s’entiche et qui riche ou pauvre vous suit partout.
Son histoire c’est la mienne, sa couverture défraîchie et ses pages écornées, l’étiquette du libraire encore visible et salie par le temps et l’usage.
Comment étions-nous donc devenus inséparables et que pouvait bien cacher un tel attachement peu ordinaire qui ne confina à la superstition ou au mysticisme ?
Sans chercher à en dévoiler le contenu qui ne se laisse appréhender que difficilement, sans en retenir le titre dans un quelconque exergue, il convient simplement de rappeler les errances et les béances qu’il avait pu accompagner, constituant un fort réconfort en toutes circonstances plutôt qu’un bréviaire désuet en guise de pitance.
De fort longtemps, dans des temps qui se perdent dans la nuit de l’oubli, il avait été le témoin et parfois l’acteur de passages critiques alors même que pourtant c’est dans l’oubli que d’ordinaire je cherchais refuge.
Dans cette évocation loin de sentir l’embrocation, il n’y avait pas de place pour la dislocation, car le locus est un motus et presque une bouche décousue par où s’échappent en longues guirlandes d’autres maux.
C’est l’ivresse des mots qui m’avait peu à peu submergé sans jamais totalement me noyer, j’avais bien pu perdre pied parfois et pourtant regagner le rivage des miens, changé et chamboulé par les découvertes accumulées au fil des lectures.
Je me faisais l’impression d’un drôle de zig pas seulement dépassé par les événements mais profondément déchiré quand à ses fondements.
Tout est dans l’origine et dans les racines, au-delà du terreau : plantez un mot et bien malin sera celui qui pourrait deviner ce qu’il deviendra, quand grandi il aura quitté son cadre originel.
On dit « un livre, un monde, une aventure », on ne sait pas à quel point cela peut être vrai et dans mon cas comment cela avait pu changer le cours de ma vie comme un barrage qui détourne la sève des mots.
Car une fois plongé dans un récit performatif mais pas normatif, j’avais accédé à la magie du verbe, du « celui qui dit et qui agit par la seule force de son existence » comme la stance qui balance, impavide corde vibrante, des émotions et déroule comme un oracle le fil d’une auto prophétie.
Pourtant, je vous assure que je ne me voyais pas dans la peau d’un auspice qui guette les vols de corbeaux comme les lettres noires qui rasent la page blanche, sans jamais songer à l’hospice qui un jour vous guette lui aussi mais de manière plus définitive.
Non pas que je ne fusse pas rempli de cette puissante révélation de la parole divine qui vous fait deviner la moindre chose mais encore éloigné des conséquences néfastes que pourrait entraîner l’irrévérence ainsi matérialisée.
Et puis la portabilité des idées qui transportent et apportent, la modestie du format et la minutie de l’écriture, rendaient encore plus précieux à mes yeux cet opus.
Finalement le livre de poche, outre son coût réduit et l’accès démocratisé à la littérature, présente aussi l’avantage de son format, préfigurant les œuvres électroniques dans une anticipation de la modernité, sans avoir à s’encombrer du décorum des couvertures en agneau aux tranchefiles dorées et au papier de pur Vélin.
Alors de ce compagnon fidèle et peu exigeant je ne peux finalement dire que du bien et me rappeler que sa présence amicale a souvent été un réconfort certain et qu’au-delà de la compagnie il avait la capacité à reconstituer un environnement familier.
Et l’épreuve du temps me direz-vous, comment cette étroite complicité a-t-elle pu traverser les ans et surtout les dizaines de milliers de kilomètres parcourus sur des routes parfois bien misérables sans subir d’altération notable ?
Curieusement et sans allitération pas d’essoufflement, pas de désamour, une fidélité sans partage, et toujours le souvenir ébloui de la première fois comme éclairage à toute cette détermination mise à sillonner le monde à la poursuite d’un rêve d’enfance, embrasser le monde du regard dans toute sa diversité, un rêve toujours renouvelé et actif comme un gage, une promesse de changement.
C’est là qu’il me faut revenir sur le côté magique de cet ouvrage qui tant de fois me donna la force de continuer, de ne pas renoncer et d’accomplir un périple long et varié.
Son attraction jamais n’a pour autant fait de sa perte éventuelle une clause de rupture du serment que je me fis dans des circonstances fort pénibles.
Sans dévoiler des détails trop intimes dont ma pudeur ne saurait s’accommoder, je me dois de vous dire que bien entendu il ne s’agit pas d’une œuvre ordinaire au sens où on l’entend parfois, c’est un testament, un legs et un témoin d’un passé qui transcende les générations.
Tous ces mystères pour qui et pour quoi, alors seriez-vous en mesure de m’objecter ! Eh bien un don, une transmission, un talisman, tout cela à la fois. D’aucuns dans la tradition chamanique portent des amulettes et concentrent leur savoir dans des pratiques orales hors d’âge mais dans mon cas c’était l’écrit qui, non seulement comme support mais aussi comme empreinte, servait de locus pour ce jeu de focus personnel.
Jamais je n’ai cru ni n’ai craint que les éléments puissent me soustraire à mon destin, qui n’était pas seulement de suivre certains préceptes à toute heure du jour et de la nuit, en tout lieu, mais bien aussi de me conformer à la révélation qui m’avait été faite le jour de ma majorité.
Cela m’avait transformé et comme libéré, devenu papillon après une métamorphose aussi soudaine qu’inattendue, j’avais enfin pu voler de mes propres ailes, effleurant les terres du vaste monde. L’apprentissage après le tissage du cocon soyeux avait été joyeux, convivial et festif, non que le travail manquât ni que les progrès ne se fassent parfois attendre fort longtemps, mais j’avançais sur mon bonhomme de chemin et creusais mon sillon sans haine et sans peur, dans une confiance qui s’établissait au fur et à mesure des voyages.
L’alchimie m’avait passionné à l’adolescence, les grimoires et Nicolas Flamel avaient constitué une sorte d’amer dans ma conscience encore remplie d’amertume malgré le début d’oubli.
Immergé dans des rencontres innombrables où je tentais de comprendre et d’assimiler coutumes et croyances, pratiques et sortilèges j’étais sorti de l’enfance pour rentrer dans un état de plénitude à défaut de certitude et accepter ce destin qui finalement était le mien.
Nomade j’étais donc devenu, dans la plus noble des acceptions qui soit, dormant un jour ici un autre là, attaché à rien ni à personne en particulier, ouvert à tous en général, je découvrais la mosaïcité du Monde dans les cités et sans être d’une quelconque manière excité, je pouvais réciter les livres sacrés empruntés.
Cette transhumance, cette migration n’étaient nullement une négation, elles relevaient d’un destin secret et d’un parcours qui dans son accomplissement ne pouvait s’accommoder de sédentarisation, car dans mes préceptes il y avait le « tu ne te fixeras point », pour faire le point fixe et tirer des plans sur la comète, je n’avais besoin que de quelques instants, d’un peu de concentration et d’imagination.
J’allais ainsi pendant de longues années, devenant progressivement plus sage mais pas moins enthousiaste, constater, à force de tâter les étoffes, la pauvreté du monde et son pouvoir de fascination sans cesse renouvelé.
Le livre lui suivait, balloté dans la poche, comme le fruit d’une bonne pioche, il avait connu les sables du désert, le froid de la banquise, la chaleur moite des tropiques et l’acidité des forêts denses, il dansait quand le soir autour du feu j’exécutais, maladroit, quelques pas du cru et s’accommodait de toutes les pitances qui m’ont été servies et cela sans répugnance.
Et pourtant un jour arriva ce qui devait arriver, pas de fuite inexorable, pas de crime perpétré, pas d’oubli abyssal, même pas de lassitude morale, juste une évolution et son fruit, le constat tel un cri et enfin l’accès total à l’autonomie.
Tel un tuteur légal, un maître face à son apprenti, un parrain sur le chemin, il m’avait suivi mais si à son contact j’avais grandi, il était temps maintenant de s’assumer pleinement et de retourner prendre ma place parmi les miens.
Objet transitionnel d’une qualité certaine et d’une intensité totale je me résolus, bien que difficilement, à le laisser en chemin, le remerciant des conseils prodigués et pas fatigué d’entamer une nouvelle vie où il conserverait une place certaine dans mon cœur.
Ecrit par : thierry | 22.01.2010
"La main de la mère relevant avec nonchalance une mèche de cheveux sur le front de son enfant lègue à celui-ci une douceur qu'une vie entière n'épuisera pas."
Comment ne pas penser à ce texte en lisant les mots de Christian? Bien sûr que j'ai pensé à toi, instantanément. La description si aimante de ton enfant m'a marqué de son empreinte chaude et animale pour longtemps...
Ecrit par : Désirée | 22.01.2010
Merci infiniment, chère Désirée, et pour Christian Bobin aussi, grâce à toi découvert et avec quel enchantement... Ah, nos gestes de mères, notre amour de mère... nous pourrions en écrire tant, des bouquets de mots, pour les célébrer... Nos enfants qu'on aime avec tant de douceur et de force, qu'on irait chercher dans le feu ou entre les dents de n'importe quel monstre...
Je t'embrasse très affectueusement.
Ecrit par : Sophie | 22.01.2010
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