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08.01.2008
Physique du couple
(Suite de la géométrie)
C’est alors que des mathématiques nous glissons lui et moi à la physique. Saviez-vous que les sciences dures parlent de chairs moelleuses et d’amour ? C’est pourtant ce qui se chante derrière formules, théories et théorèmes ; en physique moléculaire, en mécanique quantique, en cosmologie, n’est-il pas sans cesse question de corps ?... Quoi d’étonnant ? L’humain ne peut penser la matière qu’au moyen de la sienne, à travers la grille de lecture de sa propre architecture cellulaire. « On pense comme on voit, on pense ce qu’on voit », disait Gaston Bachelard (« La formation de l’esprit scientifique »). « Ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit (« La psychanalyse du feu »). Chaque corps est un univers au sein de l’univers, et des analogies fondamentales se trament entre notre intimité et la vastitude infinie ou indéfinie.
Bercé par l’impatience et l’espoir réciproques qu’est le désir, le couple et ses deux âmes expérimentent, contrôlent, hasardent et embrassent ainsi une foule de principes… L’effet Casimir, par exemple, démontré lorsque deux plaques conductrices, placées très près l’une de l’autre, se collent irrésistiblement et qu’un atome placé entre elles se fait lumière et chatoiement : le vide n’est pas le rien ; saturé d’énergie, il est le siège de puissants phénomènes vibratoires. Ainsi de nos deux corps qui s’attirent. Le vide entre eux n’est pas une substance, mais un état et une force. Il y naît une clarté, une vérité qui flambe au rythme de nos sangs.
Le temps et l’espace du couple, pas plus que ceux de la relativité restreinte, ne sont des absolus figés dans une gangue indifférente ; ils se modifient en se mêlant l’un à l’autre : les caresses s’étalent sur la surface satinée de la peau, en direction de l’attente, temps approximatif qui hésite, s’atermoie, ou s’accélère soudainement pour enfin s’épancher. Les briques fondamentales de ma matière, suggère la théorie des cordes, ne sont pas des particules mais de minuscules membranes trémulantes : c’est ainsi que jouée par un musicien talentueux, je frissonne comme une guitare. Glissant alors sans y songer dans la relativité générale, la trame de l’espace-temps, suprêmement sensible, se déforme, emprunte un chemin courbe telle la cambrure d’un dos cintré de saisissement. Happés par la gravitation, nous nous abandonnons à l’attraction universelle des corps, et notre chute n’en est pas une puisque nous nous posons finalement l’un sur l’autre dans une pluie de tendresse.
Mais ce que je préfère est l’étude des principes fondamentaux de la physique quantique. On la dit fort complexe, donc nous réservons généralement pour la suite ses ultimes développements… A la fois onde et corpuscule, moi-même et toutes les autres, je tangue alors au gré d’une délicieuse vague indécise, portée par un assouvissement irrésolu qu’on souhaite en même temps atteindre et ne jamais atteindre et dont on ne peut épuiser la réalité. Il est possible alors qu’un étrange phénomène se produise : nous nous retrouvons intriqués comme deux particules quantiques ; dans un certain sens subtil, nous formons un seul système ; ce qui affecte l’un agit sur l’autre : je le tiens, il me tient, mais par le cœur...
14:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : physique, relativité, mécanique quantique, couple, amour







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Commentaires
L'âme : état physique ?
Qui sait ?
Ecrit par : Michel Gros | 09.01.2008
Le sens glisse sur la notion d'âme : de combien de connotations ne la pare-t-on pas ! Le sens strictement religieux (une individualité qui survivrait à la mort de son corps) n'est pas ici mon propos ni d'ailleurs ma créance. Si par âme on entend esprit, à savoir la conscience en tant que propriété émergente de notre architecture neuronale, on pourrait dire qu'elle est un état physique.
Ceci dit, bien des individualités, autour de nous, manquent sérieusement d'un petit "supplément d'âme"...
Ecrit par : Sophie | 09.01.2008
Merci beaucoup, chère Sophie, pour ce " supplément DAME "...
C'est dire si je vous souhaite la plus belle année possible !
Ecrit par : Laurent Morancé | 16.01.2008
Je reconnais bien là, cher Laurent, votre particulière habileté à jouer avec les mots... Que l'année soit florissante aussi pour vous !
Ecrit par : Sophie | 16.01.2008
Chère Sophie,
Tu te souviens du café de la place St Sulpice? Nous avions parlé de ton travail et dans ce sillon, l´intervalle musical de quarte augmentée est entrée dans la conversation. Son nom est également "Diabolus in musica" et ce sont les théoriciens du XIV et XV ième siècle qui l´ont ainsi désigné. Il était en effet strictement interdit, prohibé même dans l´échelle heptatonique. Entre notes naturelles (C´est à dire non altérées) le "triton"=quarte augmentée=intervalle de 3 tons diatoniques, ne se présente qu´une fois entre Fa et Si.....En regardant et confirmant ces données, je suis tombée sur une reproduction d´un tableau de Klimt...."Plénitude". J´ai immédiatement pensé à toi, à tes deux textes sur le couple....en partant des mathématiques et en passant par la physique, cette ouverture de l´âme pourrait- elle nous amener à la plénitude? ce serait le troisième volet d´un triptyque sur le couple! un bel aboutissement.
Catherine
Ecrit par : Catherine Munier | 22.01.2008
Chère Catherine,
Je me rappelle avec grand plaisir notre conversation, et le Diabolus in Musica. C'est bizarre, je ne trouve pas d'image de ce tableau Plénitude de Klimt; pourrais-tu m'envoyer le lien ? En tout cas, ta suggestion me plaît beaucoup; l'idée d'un troisième volet, "Musique du couple", m'inspire déjà !
Ecrit par : Sophie | 22.01.2008
« Musique du couple » serait en effet une excellente vision pour un troisième volet. Dans ton article, « Viole de gambe, brouillard et nostalgie », tu finissais par une phrase qui me semble très importante pour comprendre le monde des sons : « ... parce que la musique est ce qu’il y a entre les sons ; et l’humanité est ce qu’il y a entre les hommes. »
Le tableau de Klimt est très semblable à celui que tu as exposé dans « Géométrie du couple » : Le « Baiser » ! Il se trouve à Strasbourg, au Musée d´Art Moderne. Je vais te l´envoyer en photocopie, envoie-moi ton adresse.
Ecrit par : Catherine Munier | 22.01.2008
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