26.11.2007

Viole de gambe, brouillard et nostalgie

a66ec099f1baf8de4449e39ef1afe471.jpgChacun ses faiblesses : l’une des miennes prend corps au son de la viole de gambe, le matin, au fond de la brume normande… Voici le tableau : je roule à petite vitesse, sur une étroite route perçant le bocage ; le brouillard joue de l’estompe sur les haies, les pâtures et les troupeaux figés dans l’humidité du petit matin, émoussant uniformément le vert profond de ce pays de pluie, et le lecteur CD de la voiture me restitue, au volume le plus ample que le confort de mes tympans autorise, la bande originale du chef-d’œuvre d’Alain Corneau « Tous les matins du monde », film sur la transmission, les amours perdues, la consolation de la musique et les choses enfuies – « Je suis un imposteur et je ne vaux rien. J'ai ambitionné le néant, j'ai récolté le néant. Du sucre, des louis… et la honte. Lui, il était la musique. Il a tout regardé du monde avec la grande flamme du flambeau qu'on allume en mourant. Je ne suis pas venu à bout de son désir… J'avais un maître. Les ombres l'ont pris. Il s'appelait Monsieur de Sainte Colombe… » commence à raconter Marin Marais, et nous voici doucement mais sûrement crucifiés pour le temps du film et bien au-delà -. Dans l’habitacle, la viole de Monsieur de Sainte Colombe, sous les doigts et l’archet de Jordi Savall, vibre de sa grave voix de ventre, et la profondeur, la passion, l’humilité et les regrets ainsi exhalés s’en viennent épouser la brume, s’enrouler dans la langueur du paysage, imprégner la structure du réel, et prise dans ce que Vladimir Jankélévitch appelait « la géographie pathétique de la nostalgie », inexorablement je chavire…

Nostalgie du temps comme de l’espace. La seconde est toutefois plus bénigne que la première : les lieux délicieux où j’ai un moment posé ma vie n’ont pas disparu et peuvent se retrouver, mais ce que je fus alors moi-même n’est plus, cousu dans le tissu du passé. Kant observait que devant le pays natal retrouvé, les nostalgiques sont déçus car « en vérité ils n’ont pu ramener leur jeunesse ». La distance temporelle est en effet la pire. Le véritable objet de la nostalgie n’est pas l’absence, mais la mémoire. Etrange sentiment ; dangereux parce que doucereux et discret, on ne se méfie pas assez de sa réelle puissance : rehaussé par la mélancolie sonore d’une viole de gambe et l’amertume suave d’une campagne satinée d’eau, il peut durablement saturer l’esprit.

Avant que le plaisir douloureux qu’il procure ne pèse inconsidérément sur celui de vivre, il faut essayer de le comprendre. Pour cela il y a ainsi Jankélévitch, le philosophe musicologue ; c’est de la lenteur, remarque-t-il, qu’émerge la nostalgie : « contrastant avec l'allegro, qui a toute l'allégresse, toute l'alacrité de l'espérance futuriste, l'adagio du regret traîne avec soi la mélancolie du souvenir inconsolable »(1). La faute à la viole poignante de Monsieur de Sainte Colombe ?... La nostalgie naît de l’évocation, de la contemplation, de la suspension du mouvement ; une injection de doubles croches me redonnerait-elle donc quelque euphorie ?... Mais en me laissant pénétrer par d’autres notes plus prestes de la même époque, je ne fais que prolonger mon alanguissement : quel mystère recèle donc la musique française du XVIIème siècle, outre les compositeurs précités, Lully, Delalande, Couperin, Dumont ? Comment sont-ils parvenus à traduire en sons les contrastes abyssaux de leur époque, à les introduire, tels des passagers clandestins, dans leurs œuvres de cour ou d’église ? La musique louis-quatorzienne m’émeut intensément parce qu’elle est secrètement tramée de mélancolie ; elle semble tout à la fois, de manière étonnamment simultanée, majesté ostentatoire et sourde tristesse, sans nul doute parce que sous Louis XIV, la France était grande et la majorité des Français était gueuse.

Pour résoudre mes problèmes d’adaptation au présent, je ne peux donc me fier entièrement à la musique. J’ai donc encore besoin de Jankélévitch : on ne peut rétrograder, nous explique-t-il, mais on est libre. L’irréversible n’admet qu’un seul remède : le consentement joyeux à notre finitude, et donc à l’avenir. Par conséquent, pauvre cloche, me dis-je en me flanquant moralement un coup de pied aux fesses, assez dégringolé la gamme de la viole de gambe, foin des complaintes stériles et en avant toute, une botte de sept lieues à chaque pied. Et s’il le faut, voilà de quoi prendre exemple : « j'ai toujours trouvé la réalité plus nourrissante que les mirages; or les choses qui existaient pour moi avec le plus d'évidence, c'était celles que je possédais: la valeur que je leur accordais me défendait contre les déceptions, les nostalgies, les regrets », proclame vigoureusement Simone de Beauvoir. (2)

Ce discours volontariste n’a cependant qu’une efficacité éphémère. Plus j’avance, plus me pèse la contingence de nos existences : aucun « dessein intelligent » n’y gouverne ; doutes, hésitations, hasards, facticités diverses… « Il n'y a pas de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors », écrit Pascal. J’aurais tout aussi bien pu ne pas être : la contingence est une absence de nécessité ; notre existence, ainsi remarque Sartre, n’est donc qu’absurdité et ne peut se définir qu’au prix d’un grand effort : « il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme. C'est aussi ce qu'on appelle la subjectivité, et que l'on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l'homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table? Car nous voulons dire que l'homme existe d'abord, c'est-à-dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l'avenir. L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d'être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur; rien n'existe préalablement à ce projet; rien n'est au ciel intelligible, et l'homme sera d'abord ce qu'il aura projeté d'être » (3)… Fort bien, jetons, projetons, puisque sans cela je ne suis que chou-fleur, avant qu’une grande fatigue aquoiboniste ne me prenne de tous ces efforts, jets et crachats existentiels… Nous ne décidons ni de naître ni de finir, mais sommes-nous du moins responsables de ce que nous faisons entre deux ? Ces chemins qu’on a parfois le sentiment de prendre en toute hardiesse, les a-t-on décidé ? De quels évènements fortuits, ou de quelle partie de notre psyché sommes-nous plutôt le jouet ? Etre et jouer à être, d’ailleurs, est-ce la même chose ? Est-ce que je suis cette fille légèrement décalée ou est-ce que je m’amuse à l’être ? Et quand j’aime, est-ce que j’ai seulement besoin d’aimer ?...

Entraînée ainsi fort loin par le scepticisme du climat normand et par la neurasthénie de la viole, voici que ma mélancolie se reflète jusque dans le regard brun des vaches qui me fixent, d’une mine perplexe, lorsque je m’approche de leurs enclos barbelés ; commères, elles viennent toujours examiner de près qui s’en vient les saluer et les plaindre à voix haute de se trimballer en permanence avec des nichons gonflés comme des ballons – mais peut-être suis-je la seule dans le coin à m'adresser à elles en ces termes… Je m’en repars avec cette saleté de nostalgie accrochée à mes semelles avec la boue, et pour ne rien arranger, je repense en boucle à une vision magnifiquement tragique de Pascal Quignard, auteur de « Tous les matins du monde », insérée dans le livret du CD susdit : « l’art est si étrange. La survie est si étrange. Nous commençons par manger nos mères dans leur ventre. Puis dans leur lait. Nous dérobons leur langue à partir de leur regard. Nous sommes tous des voleurs. Nous inventons le sens en répondant à leurs sourires. S’instruire c’est sucer les os des cadavres, les trouer, souffler dans la mort de ceux qui nous précèdent. Vivre c’est parasiter les œuvres, les ruines des œuvres, le souvenir des œuvres. Nous vivons entourés d’hallucinations qui trompent mal la carence ou l’absence. Nous sommes tous précaires et désynchronisés. Nous commençons trop tôt. Nous mourons tous avant de mûrir. L’originaire est toujours invisible. Les vrais messages transitent dans les corps à l’insu de ceux qui les échangent. »

Ma nostalgie prend alors un visage connu et aimé : celui de ma grand-mère maternelle, partie récemment – doux euphémisme. Grâce à son art dans lequel d’autres soufflent, j’entends toujours la voix de Monsieur de Sainte-Colombe, mais je n’entends plus celle de ma grand-mère. Je me souviens pourtant de ce qu’elle se plaisait fréquemment à dire : « je suis immortelle, puisque j’ai une descendance. » C’était si joli, mais tellement vain : la conscience est entièrement soluble dans la transmission héréditaire de notre patrimoine génétique. Bien qu’à un saut maternel près, je sois issue de son ventre, la conscience de ma grand-mère ne s’abrite pas en moi, et à trois ou quatre générations en arrière, le passé efface jusqu’aux noms et à la réalité consumée de nos aïeux, comme cette brume tenace massacre l’horizon à coups d’oublis.

Du bleu, du blanc, du ciel, du large, du net, du haut, de la découpe bien franche, ce serait enfin un contraste plaisant… : j’ai aussi la nostalgie de la montagne et de mon ancien chalet planté à 1700 mètres d’altitude, mais encore moins pour tout ce qu’ils me donnaient à voir chaque jour que pour la protection qu’ils m’offraient, il y a plusieurs années de cela : un temps de retrait du monde, où au lieu du paysage, c’était le chaos extérieur qui s’estompait. Quand on vit isolé dans la somptuosité d’une nature presque intacte, quand on s’extrait volontairement de l’information, on est en effet peu atteint par le mouvement du monde. On le reçoit malgré tout mais retardé, atténué, arrondi, avec pour tampons la couche de neige, l’épaisseur de la forêt, la rareté des autres, les balbutiements enjoués de son enfant tout petit, les hurlements à la lune de ses chiens de traîneaux, et pour moteur sa jeunesse ingambe et encore inviolée… « Le bonheur arrive seulement par instants, il peut durer une seconde, dix minutes. Une journée entière, çà devient plus difficile », témoigne le chanteur Manu Chao dans le dernier numéro de Philosophie Magazine où il dialogue avec son ancien professeur de terminale Henri Pena-Ruiz. « Il y a toujours un moment où la réalité te rattrape. Tu reçois une nouvelle, un coup de téléphone, qui sabote ton harmonie privée. Parce que le monde est partout. Pour l’oublier, il faudrait vraiment être en autarcie, en pleine nature… et encore »… Si, si, je confirme, çà marche. Mais au bout de plusieurs années, on sort pourtant de sa bulle féérique. Je ne sais pas encore exactement pourquoi. Parce que comme ajoute Manu Chao, au bout d’un moment de paradis, on « n’assume pas l’égoïsme » et on veut « retourner à la bagarre » ? Parce que comme lui répond Henri Pena-Ruiz, « l’illusion serait de croire qu’on peut s’installer dans un état définitif et durable de bonheur » ?

De nos jours, plongée dans l’information, j’en retire le plaisir du partage et des liens qu’il crée, mais comme tout un chacun me semble-t-il, du désarroi et de la crainte devant ce qui prend peu à peu la forme d’un nouveau paradigme : nous sommes les derniers ou les avant-derniers ; quoi que l’on tente à présent, il est trop tard... Cet effroi de plomb est pourtant une terrible forme d’assujettissement mental au service même des plus gros profiteurs du système. Je crois donc que l’humain contient encore tous les possibles. La fin ou la perpétuation. L’extinction ou la mémoire. Le néant ou la nostalgie. Bienfaisante nostalgie… Me fallait-il donc explorer le fonds de mon désenchantement pour trouver de quoi m’y raviver ? Tout en bas, au plus opaque de la grisaille humide, au plus caverneux de la vibration, il y a en effet une braise intacte qui siffle, persifle, conteste, se réjouit et folâtre. Je ne sais pas exactement ce que c’est, mais peu importe, je l’entends. Elle est légère et crissante, elle me soulève et me souffle que seuls le silence et le vide que rien ne vient encadrer sont tristesse et noirceur : parce que la musique est ce qu’il y a entre les sons ; et l’humanité est ce qu’il y a entre les hommes.

 

(1) "L'irréversible et la nostalgie", 1974

(2) "Mémoires d'une jeune fille rangée", 1958.

(3) "L'existentialisme est un humanisme", 1945

 

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Commentaires

" Du bleu, du blanc, du ciel, du large, du net, du haut, de la découpe bien franche, ce serait enfin un contraste plaisant… ", écrivez-vous...

Vous êtes une musicienne.

Ecrit par : Laurent Morancé | 28.11.2007

Bienvenue Laurent, merci pour votre commentaire. Dans la vie de tous les jours, je joue du piano et des sentiments, instruments délicieux mais de maniement délicat... Je fais de mon mieux en tout cas.

Ecrit par : Sophie | 28.11.2007

Tous les matins du monde sont les matins des magiciens. Illusionnistes d'un système qui, de se dire néo-libéral, porte mal son nom. Il semble même qu'aucun retrait de hauteur ou de brume ne soit désormais possible. Que la petite musique de "l'être", audible jusque là dans les tonalités multiples du "dasein", soit engloutie dans le silence de "l'objet", de la technique et de l'univoque.
Les chemins de traverse que je prenais avec ma flûte désormais m'entraînent là où je ne veux pas aller.
Là où des hommes filent hors de l'humanité.
Vivement demain !

Ecrit par : Michel Gros | 29.11.2007

Cher Michel, merci de venir jouer ici la petite musique de votre être, que n'a pas englouti en tout cas le silence barbare de l'objet alentour de nous. Le beau mot de liberté et ses dérivés sont en effet bien dévoyés par la barbarie sous laquelle on veut nous faire ployer.
Alors quoi, plus d'espoir ?...

Ecrit par : Sophie | 29.11.2007

Oui, l'espoir !
Laissons cela si vous le voulez bien au domaine de la croyance. En revanche, la liberté dont il est souvent la chaîne ne peut plus être différée. Les temps sont durs, les petites musiques sont celles de la nuit.
Nuit et brouillard ...

Ecrit par : Michel Gros | 30.11.2007

Je vois ce que vous voulez dire : l'espoir d'un Grand Soir sans cesse différé permet de supporter un quotidien insupportable. D'accord donc pour la libération, je signe, mais sans remplacer le dogme conservateur par un dogme révolutionnaire tout aussi inhumain. Le remplacer plutôt par une révolte humaniste et "créatrice", comme disait Camus, une révolte qui "ne peut se passer d'une règle morale ou métaphysique qui équilibre le délire historique".

Ecrit par : Sophie | 02.12.2007

Non, chère Sophie vous ne voyez pas.
Car, plutôt surseoir à la caricature de "l'espoir d'un Grand Soir" lorsque l'on parle de "Tous les matins du Monde".
Car, plutôt surseoir aussi à l'idée d'une morale au-delà de la physique, au-delà de chaque matin du Monde.
Oui, surseoir autour de deux axes :
- une morale incarnée dans la figure de "l'autre" (le visage lévinassien)
- une négation absolue de l'organisation privative des moyens de production.
Vaste programme !

Ecrit par : Michel Gros | 11.12.2007

La culture de la responsabilité face à l'évidence du visage de l'Autre ? Je pense que je vous suis cher Michel, de même que pour le refus de la privatisation des moyens de production. J'avoue cependant que l'adjectif "absolu" me fait en la matière quelque peu frissonner...

Ecrit par : Sophie | 11.12.2007

Ce terme, je l'avoue, est équivoque et polémique. L'absolu s'oppose au relatif, c'est donc une négation. Et pourtant elle implique positivement l'achevé, le parfait. Cette ambiguïté sémantique ne relève donc pas d'une indécision de vocabulaire : elle connote une difficulté qui ouvre la possibilité du débat philosophique ... et politique.
Mais souhaitons-nous vraiment l'avoir ?

Ecrit par : Michel Gros | 11.12.2007

Avec vous en tout cas, je débats bien volontiers !
Entre le tout relatif, où finit par se perdre toute éthique et toute décence, et un désir de perfection aux connotations terribles, il est en effet difficile d'ouvrir un espace cohérent, mais il me semble qu'on doit s'y efforcer; sans doute est-ce là que siège le meilleur de l'hypothèse démocratique.

Ecrit par : Sophie | 11.12.2007

Oui, mais en ce qui concerne la démocratie nous avons le devoir de lui offrir le statut de "l'hyperthèse".
Ré, sol, sol-la, si, si-la sol ...
Ami entends-tu le vol noir ...
;-))

Ecrit par : Michel Gros | 11.12.2007

« Tous les matins du monde », un film que j´ai vu à Barcelone, il y a bien longtemps…un beau film bien sûr, mais qui m´a laissé perplexe sur un point que je trouve important : il y a un profond décalage entre la musique entendue et les gros plans sur Jean-Pierre Marielle, l´ interprétant. Rien ne correspond …je n´ai jamais compris pourquoi ce détail n´a pas été soigné. Et pourtant, la musique est belle et bien interprétée par Jordi Savall…mais les doigts de Marielle/Sainte-Colombe ne suivent pas, le mouvement de l´archet non plus, lorsqu´il arrache ses accords arpégés. Rien ne reflète l´énergie, le souffle, de la musique. Le regard non plus, ne correspond pas à l´intériorité de celui qui joue, sent et interprète une pièce musicale. Il y a un mouvement corporel nécessaire qui n´apparait pas. Ces plans ne transmettent rein, bien au contraire, ils dévient, altèrent l´unité du film..Je n´ai jamais compris …C´est pourtant si simple, le doublage existe lorsquíl n´y a pas d´autres sollution, c´est un film à thématique musicale, pourquoi ?…esthétiquement il me semble nécessaire, de sentir une unité entre ce que l´on entend et ce que l´on voit, il s´agit d´un film….il manque un chaînon. Et pourtant, une des filles, Toinette je crois, reproduit de façon très vivante cette union entre ce qu´elle joue et ce que l´on voit… Alors pourquoi pas Marielle ! Dommage !
Catherine Munier

Ecrit par : Catherine Munier | 15.12.2007

Bienvenue, Catherine, et merci pour votre commentaire.
Il est sûr que les mains de Jean-Pierre Marielle sur la viole ne peuvent refléter le jeu d'un véritable interprète; le mouvement du corps est en effet assez raide, sans doute en rapport avec l'austérité du personnage qu'il incarne. Mais je ne suis pas d'accord avec vous concernant son interprétation du personnage; j'y ai été personnellement très sensible, car tout en donnant à un Sainte-Colombe corseté dans sa pudeur, sa solitude, son jansénisme, la sobriété et la retenue nécessaires, son regard exprime une passion d'autant plus violente qu'elle est contenue (hormis ses brefs accès de colère). Je trouve que Sainte-Colombe est le meilleur rôle de Marielle; son interprétation m'a bouleversée, comme celle d'ailleurs d'Anne Brochet. Petite précision, c'est son personnage, Madeleine, qui est montré en train de jouer de la viole, et non l'autre fille, Toinette.

Ecrit par : Sophie | 15.12.2007

Je ne remets pas en cause l´interprétation de Marielle, je tiens seulement à souligner que les moments musicaux pendant lesquels il interprète ne correspondent pas à ce que l´on peut attendre d´un film de cette qualité, musical dans son essence. Si l´on prend un autre exemple comme celui du film de Victor Erive " El sol del membrillo", sur la peinture, imaginez vous regarder l´artiste devant son tableau...le coup de pinceau ne correspondrait pas à l´évolution de la toile. Je continue de penser qu´il est regrettable de ne pas avoir soigné cet aspect. C´est plus une question d´authenticité et de véracité par rapport au thème du film.
Catherine Munier

Ecrit par : Catherine Munier | 16.12.2007

Je ne connais pas ce film, El sol del membrillo, et à son propos je n'ai trouvé que des sites en espagnol, langue que je ne pratique pas du tout. Pourriez-vous m'en dire un peu plus ? Merci d'avance.

Ecrit par : Sophie | 17.12.2007

A Michel.
Hyperthèse démocratique, bien volontiers. Les corbeaux noirs sont revenus nombreux...

Ecrit par : Sophie | 17.12.2007

Je me suis référé au film de Victor Erice, juste pour donner un exemple, dans le domaine de la peinture, en parallèle. Il semble plus facile d´imaginer le décalage entre la main du peintre et l´évolution du tableau , que ce même genre de décalage, entre une musique entendue et la personne qui l´interpréte.
Le film "El sol del membrillo" reproduit le procesus créatif d´un artiste, Antonio Lopez, pendant qu´il peint l´arbre du coing dans le "patio" de sa maison.

Ecrit par : Catherine Munier | 18.12.2007

Alors là bravo pour vos articles ( surtout ceux sur la musique).C'est tellement agréable de vous lire. Je retiens votre site.Bonne continuation.
Esté

Ecrit par : Esté | 08.05.2008

Bienvenue, Esté, et merci pour votre gentil commentaire. J'espère vous revoir à nouveau Chez moi !

Ecrit par : Sophie | 08.05.2008

Il me fallait "l'apprivoiser" ce texte !
Maintenant, je suis heureux.
Que la nuit soit de douceur de vivre.

Ecrit par : michelgonnet | 02.05.2009

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