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28.07.2007
"Penser nuit gravement au travail"
Dans le style, nous avons aussi : « travailler plus pour penser moins ». Ces piquants aphorismes peuvent désormais passer pour les nouveaux slogans de la communication du cabinet Sarkozy - pardon, du gouvernement Fillon, quelle étourderie… Après le discours étonnant, pour employer un euphémisme secourable, prononcé le 10 juillet à l’Assemblée Nationale par la ministre des Finances à l’occasion de la présentation du projet de loi Travail, emploi et pouvoir d’achat, l’International Herald Tribune (22/07/07) a opportunément relié ses propos à la liturgie du « travailler plus », bourdonnée telle une inlassable antienne par le candidat puis le président Sarkozy.
Dans cette allocution mémorable, qui restera probablement comme un sommet de rhétorique néolibérale, Christine Lagarde a en effet stigmatisé l’utilisation immodérée que nous autres Français ferions de notre néocortex, siège de notre pensée consciente. Le passage en question vaut son pesant de cacahuètes et cervelles grillées : « c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos manches. »
La première impression est que la ministre a appliqué sa propre exhortation : pour proférer de telles incongruités, elle n’a pas surmené ses connections synaptiques. Selon Bernard-Henri Lévy, « c’est le genre de chose que vous pouvez entendre dans des conversations de café, de la part d’abrutis qui boivent trop »… Mais la perplexité cède ensuite rapidement le pas à l’indignation. Car enfin il ne s’agit justement pas d’une blague de comptoir, ni même d’un badinage « off » avec des journalistes, mais de l’exposition pesée et préparée, devant les représentants du peuple, de l’idéologie politique présidant à une réforme annoncée comme décisive. Le plus officiellement du monde, le gouvernement professe un renversement total de certaines valeurs fondatrices de « l’identité » française, à laquelle il se prétend pourtant si sensible. Ce qui était en haut se retrouve en bas : être d’un pays qui réfléchit, qui a théorisé sur tous les grands courants de pensée, qui a produit les Lumières et nombre de philosophes parmi les plus importants de l’histoire des idées, dont les bibliothèques publiques sont garnies d’ouvrages qui nous aident à comprendre le monde et notre humaine condition, constitue pour vous comme pour moi un motif de satisfaction et de fierté ?... Eh bien désormais, nous intime la ministre, il nous faut en avoir honte. La quête de sens, la réflexion, le discernement, l’intelligence, doivent être considérés comme les symptômes d’un passé plus poussiéreux que les rayonnages de bibliothèques qu’on est prié de ne plus alimenter en œuvres nouvelles. Pour les philosophes, écrivains, et intellectuels divers, ce sera tantôt le chômage technique ou le recyclage façon Mao…
Pourquoi ? Parce que nous explique ainsi la ministre, en France nous pensons trop pour bien travailler - cette pensée-là étant générée par un cerveau gouvernemental, un des rares encore encouragés à réfléchir avec ceux des ingénieurs R&D, elle n’est pas incluse dans l’anti-cogito lagardien. Par conséquent, tous ceux qui se retroussant déjà les manches jusqu’à l’omoplate, souhaitent consacrer du temps à d’autres petites choses essentielles au plaisir de vivre – conjoint, enfants, amis, loisirs – sont des fainéants. Tous ceux qui ont cru constater que pour bien faire son boulot, il fallait se triturer un tant soit peu le chou, sont des rêveurs. Même pour être président de la république, contrairement à ce qu’on pouvait estimer, il n’y a pas besoin de beaucoup penser : « je ne suis pas un théoricien, je ne suis pas un idéologue, je ne suis pas un intellectuel » se louait notre chef d’Etat à la télévision le mois dernier, comme le rappelle l’article susnommé du Herald…
Selon quelle étrange logique peut-on proférer qu’il faut arrêter de penser ? Peut-être, au hasard, suivant celle de l’idéologie néolibérale. : il serait assurément plus facile de faire croire à une population d’anencéphales que la hausse de la TVA est une mesure sociale, les cadeaux fiscaux aux plus aisés un filon pour relancer la croissance, réduire le chômage et la dette, et tant qu’on y est, que la lune est une peau de veau… L’atrophie de la pensée est au sein même de l’entreprise un redoutable moyen de contrôle. Comme l’expliquait en effet Christophe Dejours, titulaire de la chaire de Psychologie du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers, dans la revue Res Publica (août 2004), les nouvelles formes d’organisation du travail et de management se basent sur la concurrence généralisée entre collègues, l’encouragement aux pratiques déloyales, et la rupture des liens de solidarité ; « ce système qui génère la peur chez nombre de travailleurs est aussi à l’origine d’injustice, de harcèlement, de déstabilisation calculée, qui produisent toutes sortes de souffrances. » Mais pour que le système fonctionne, il lui faut des outils : « des masses de braves gens sont dans le cadre de la modernité néolibérale invités à apporter leur concours […] à des actes qui consistent à intimider autrui, à menacer, à faire peur, à mettre au point des « plans sociaux », […] c’est à dire à commettre des actes injustes. » Certains n’y parviennent pas. D’autres, pour parvenir à effectuer « le sale boulot » sans se haïr, mettent au point une stratégie de défense qui a pour effet « d’engourdir la conscience morale, ce qui passe par un rétrécissement – c’est important sinon capital – de la capacité de penser ».
Arrêter de penser, selon Mme Lagarde, permet en outre de travailler davantage. Le problème est qu’un salarié pressuré court plus de risques qu’un adepte de la méditation… Certains en meurent. Dans le contexte préoccupant de l’accroissement des psychopathologies professionnelles sévissant de l’ouvrier au cadre, les rafales de suicides sur le lieu de travail comme chez Renault et PSA - phénomène nouveau de mémoire médicale -, suscitent un franc malaise. C’est de fatigue que d’autres salariés décèdent. Ainsi par exemple du métallurgiste Rudy Norbert, employé d’une entreprise sous-traitante dans le Nord, dont le sort est révélé par le journaliste Paul Moreira dans son livre « Les nouvelles censures ». Voilà un cas édifiant. Son patron exigeait qu’il puisse être joint en permanence. Il travaillait parfois deux jours d’affilée, la masse illégale des heures supplémentaires étant camouflée en primes. Le 7 mai 2001, il travaille 21 heures de suite. On le rappelle à 2h30 la nuit suivante ; à 6h du matin, constatant son total épuisement, son chef de chantier lui dit d’aller se reposer quelques minutes dans la voiture de la société. Il s’assoit, pose sa tête contre la vitre et meurt. Il avait 30 ans… Et pendant que certains laissent leur raison et leur peau au boulot, d’autres n’en ont aucun. Mme Lagarde, pour qui il n’existe pas de lien social en dehors du travail (« le contrat social, aujourd’hui, se décline en contrats de travail »), nie pourtant que le marché du travail soit « un gâteau à partager » entre concitoyens. Il faut dire qu’il est tellement plus rentable, pour une charge de labeur donnée, de payer moins de gens qu’il n’en faudrait…
Il faut lire ce discours en entier. Les envolées lyriques finales sont insurpassables : « le travail engendre le travail. A l’intérieur de ce cercle vertueux, le pays tournera à plein régime. […] Travailler plus, et vous multiplierez l’emploi. Dépensez plus, et vous participerez à la croissance. Gagnez plus, et vous augmenterez le pouvoir d’achat ! » Tant pis pour les bécanes humaines qui cassent à force de tourner à plein régime : le salarié jetable se remplace facilement. Travaillez plus, consommez plus, polluez plus. La fuite en avant n’en sera que plus rapide.
De cette facture orwellienne idéale, il n’y aurait donc que la pensée à soustraire… Il convient d’appeler enfin les choses par leur nom : quand un pouvoir politique articule l’affaiblissement de la pensée à l’augmentation du travail, il assume une propension au totalitarisme contre laquelle nous devons rester éveillés - les Nord-Coréens sont-ils par exemple encouragés à réfléchir par leur charismatique leader?...
La pensée contient des mondes infinis ; elle est le siège de notre humanité, ce qui nous reste quand tout nous a été ôté. Elle ne devrait jamais être soluble dans le travail. Employer ne doit pas devenir synonyme de domestiquer, ni l’argumentation économique marchande dominer toutes les autres dimensions de la délibération politique.
10:10 Publié dans Coups de nerfs | Lien permanent | Commentaires (40) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Christine Lagarde, Nicolas Sarkozy, loi tepa, travail, suicide







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Commentaires
Ce blog est excellent (et change du tsunami des blogs culinaires !)
En fait ce qui est en oeuvre est de la propagande rondement menée (changements sémantiques, aphorismes à 2 balles, privilégier la simplification, mensonges...)
Ecrit par : Joël | 28.07.2007
Merci, Joël, pour votre compliment, et je suis bien d'accord que la communication gouvernementale n'a jamais autant ressemblé à de la mauvaise propagande. Je ne tartinerai jamais mon blog de recettes de cuisine, car je confesse être absolument nulle dans ce domaine !
Ecrit par : Sophie | 28.07.2007
Ce texte est encore meilleur que le précédent!!!
Félicitations
Ecrit par : Guntar | 28.07.2007
Tout simplement bien vu, comme d'hab!
je n'avais pas lu ce discours et effectivement ta conclusion sur le totalitarisme s'impose.
Travailler sans penser permet de faire absorber des slogan comme travailler plus pour gagner plus! ça a marché avec l'election de Sarko, lagarde aurait tort de se priver d'en rajouter.
Se servir des victimes consentantes, comme un prolongement du syndrome de stockholm, voilà l'objectif à atteindre. Pour ceci, les discours les plus néolibéraux n'ont plus de limite.
Sophie, me permets-tu de mettre ce texte sur le forum public de R(c)S avec ton prénom bien sûr?
Ecrit par : enzo d'aviolo | 28.07.2007
Excuse-moi, Enzo, mais j'ai proposé tout à l'heure cet article à Agoravox (ils ont publié aussi le précédent). Il me paraît donc poli d'attendre leur réponse. Je te tiens au courant. Dès que mon article sera sur Agoravox (s'ils le prennent), je te permets volontiers de le mettre sur le forum avec mon prénom et un lien vers mon blog.
Les limites... Ils ne les ont toujours pas trouvé, et cela effraie...
Ecrit par : Sophie | 29.07.2007
pas de soucis Sophie, j'attends l'info.
Sinon sache que ton blog est djà référencé ici:
http://forum.renovaction-socialiste.org/index.php?topic=865.0
Ecrit par : enzo d'aviolo | 29.07.2007
"Le travail rend libre"...voilà tout.
Ecrit par : activista | 30.07.2007
Bonjour Sophie !
Je suis atterri ici par Agoravox, suite a ce bien joli texte, et je pense que mes felicitations ont plus leur place ici que sur Agora.
Alors voici toutes mes felicitations :)
"quand un pouvoir politique articule l’affaiblissement de la pensée à l’augmentation du travail, il assume une propension au totalitarisme contre laquelle nous devons rester éveillés"
On dirait du Big Brother. Un livre ecrit par un incapable qui reflechissait...
RemiZ
"Avant, on avait notre idiot du village. Maintenant, on a notre intello du village."
- Moi.
Ecrit par : RemiZ | 30.07.2007
Bonjour Sophie,
Bravo et merci pour votre article que j'ai découvert sur Agoravox et m'a permis d'arriver jusqu'ici. Vous me rassurez et les commentaires laissés ensuite aussi, quant à la réflexion qui s'organise autour de ce gouvenement. Ou plutôt contre.
Vos articles ont le mérite d'être clairs et intelligents, ils dénoncent avec pertinence ce qui doit l'être, notamment les abus de pouvoir de nos dirigeants et le totalitarisme vers lequel tout doucement on glisse... Et ça ne se passe pas qu'en France.
A nous intellectuels qui pensont (honte à nous !) de chercher et découvrir de nouvelles pistes, en se faisant les explorateurs d'un nouveau monde, non plus géographique, cela se passe dans l'espace à présent, mais un nouveau monde à vivre sur la planète Terre, en tant qu'êtres humains en intéraction avec son environnement et non comme en tant qu'entité soi-disant régnante sur la planète.
En ayant conscience que justement, nous avons une conscience, ce qui nous différencie par exemple des fourmis (ces chères travailleuses... )
La réflexion doit s'engager au coeur de l'action pour ne pas être encore décriée comme étant réservée à une élite et les termes à employer pour expliquer les résultats de ces recherches proposant des solutions doivent être simples et compréhensibles par TOUS, pour que chacun puisse PLUS penser justement, afin d'être responsable et non plus d'être infantilisé comme c'est le cas actuellement.
Avez-vous lu L'Urgence de la métamorphose, de Robin et Baltanski, avec une post-face d'Edgar Morin et sur lequel Joël de Rosnay a écrit un article sur Agoravox ? Excellent.
Cordialement,
Marie
Ecrit par : Marie | 01.08.2007
Un saludo,
Diego
Ecrit par : Diego Fernández | 01.08.2007
Bonjour Sophie,
Je voudrais dire juste un mot. Vous avez raison, il est possible, quand la haine de la culture devient elle-même culturelle, la vie avec la pensée perd toute sa signification.
Ecrit par : philipo | 01.08.2007
Bonjour Sophie,
Je voudrais juste dire un mot : il est possible, quand la haine de la culture devient elle-même culturelle, que la vie avec toute la pensée perde toute sa signification.
Ecrit par : philipo | 01.08.2007
Bienvenue et merci à tous. Je suis bien persuadée en effet que le monde n'est pas ce qu'il est mais ce qu'on en fait, par nos choix politiques notamment, et par le goût que nous montrons ou non pour communiquer avec les autres. Et Il serait sans doute meilleur si plutôt que chercher à infantiliser et manipuler les foules, les pouvoirs en place encourageaient l'exercice de la pensée et de la raison. L'information doit passer, et en l'occurence ce discours stupéfiant doit être porté à la connaissance du plus grand nombre. J'aurais aimé voir la classe politique française s'en insurger à haute voix dans les médias, mais soit j'ai loupé leurs interventions, soit il n'y en a pas eu, ce qui serait également fort inquiétant... Merci, Marie, pour la référence de ce livre que je ne connaissais pas et que je vais m'empresser de me procurer.
Ecrit par : Sophie | 02.08.2007
J'ai reçu un autre commentaire à cet article, qui je ne sais pas du tout pourquoi, n'apparaît pas sur cette page. Je le recopie donc ici. Il est posté par Unpeudetout (http://unpeudetout.wordpress.com) : "J’ai retenu de mon cours de philosophie de terminale (il me semble bien), que les dictateurs, en arrivant au pouvoir, supprimaient d’abord les cours d’histoire et de philosophie."
C'est très juste. J'ai lu quant à moi dans Philosophie Magazine qu'avant la chute du soviétisme, les étudiants russes n'avaient droit, en guise de cours de philosophie, qu'à des cours sur l'histoire du marxisme-léninisme. Dire qu'ici même, les études littéraires sont de plus en plus déconsidérées...
Ecrit par : Sophie | 02.08.2007
Bonjour Marie,
Tous les livres d'Edgar Morin (que je découvre actuellement) et de Joël de Rosnay, sont également fascinants et intéressants en ce qui concerne les changements de paradigmes sur lesquels il faut nous concentrer actuellement.
(Je vais créer un blog qui reliera tous ces livres et ces liens, je vous en ferai part dès l'ouverture si cela vous intéresse.)
Vivement votre prochain article !
Amicalement,
Stéphanie
Ecrit par : Marie | 02.08.2007
Stéphanie ou Marie (du coup je ne sais plus !) n'hésitez pas à me tenir au courant de l'aboutissement de ce projet. Quant à mon prochain article, il se met en place dans ma tête, mais avant que je le couche sur l'écran de mon ordi il me faut d'abord terminer un article pour le magazine qui m'emploie. Eh oui, je pense mais je travaille aussi, n'en déplaise à Mme Lagarde...
Ecrit par : Sophie | 02.08.2007
Je suis désapointée de constater que certains sites et blogs ont repris mon article sans la moindre référence à son origine, voir même en s'en attribuant la paternité. Merci beaucoup, chers lecteurs, si vous tombez sur un truc comme çà, de mettre un commentaire pour indiquer qu'il vient de chez moi.
Ecrit par : Sophie | 02.08.2007
Hello Sophie, désolée, en fait c'est bien Marie (et non Stéphanie). Ah la schyzophrénie de ce monde...! En direct dans toute sa complexité !
Pensez, pensez, surtout pensez, vous qui savez si bien écrire !
Amicalement,
Marie
Ecrit par : Marie | 02.08.2007
Je veux jouer à Bach, Beethoven, Chopin, Ravel, Strawinski, Berg, Ligeti, Albéniz, Falla, Soler, García Álvarez...
Amicalement,
Diego
Ecrit par : Diego Fernández | 03.08.2007
Vous êtes très éclectique. Quant à moi je me contente de Mozart et de Bach... Je ne connaissais pas Soler et Garcia Alvarez, c'est une faille dans ma culture musicale !
Amicalement
Ecrit par : Sophie | 03.08.2007
Bonne idée ! Jouons !
D'après Wikipédia :
"Le trait le plus évident du jeu n'est autre que sa différence avec la réalité. Jouer, c'est jouer à être quelqu'un d'autre, ou bien c'est substituer à l'ordre confus de la réalité des règles précises et arbitraires, qu'il faut pourtant respecter scrupuleusement. Il faut entrer dans le jeu, il ne supporte pas le scepticisme notait Paul Valéry. Cependant, le jeu n'est plaisant que dans la mesure où cette entrée dans le jeu, en latin in–lusio, c'est-à-dire illusion, est librement consentie. Le jeu est l'occasion d'émotions puissantes, liées à ses aléas, au désir de gagner, au poids des enjeux. Pourtant, le jeu est, en première analyse du moins, "innocent", en ce sens que vaincre au jeu, ce n'est pas humilier l'adversaire. Prendre sa revanche est en droit toujours possible. « Toute nouvelle partie apparaît comme un commencement absolu », souligne Roger Caillois. Le jeu « est condamné à ne rien fonder ni produire, car il est dans son essence d'annuler ses résultats ».
Ce qui fonde, aujourd'hui, en France notamment et plus particulièrement en ces temps de retour d'Empire, notre société, est basé sur la loi, qu'il faut respecter. Or, si l'on va sur un site gouvernemental pour en savoir plus, nous lisons que "Nul n'est censé ignorer la loi". Et lorsque l'on regarde la définition donnée de cette "vérité", il est écrit :
"« Cet adage représente en fait une fiction juridique, c'est-à-dire un principe dont on sait la réalisation impossible mais qui est nécessaire au fonctionnement de l'ordre juridique. »
(http://www.viepublique.fr)" C'est clair, non ?!?
Donc, puisque fiction il y a, pourquoi ne pas jouer à une autre fiction ? Dans laquelle tous les enfants du monde auraient à boire et à manger, pour commencer... Je sais, ça fait gamin de dire ça...
Et en attendant, s'il s'agit de jeu, dansons sur THINK, d'Aretha Franklin, franchement, ça défoule !!!
Amicalement,
Marie
Ecrit par : Marie | 04.08.2007
(J'ai envoyé un commentaire qui n'a pas l'air d'être passé, aussi je recommence mais j'espère que cela ne sera pas un doublon...)
Donc LE JEU.
Bonne idée ! Jouons ! Moi ce serait de jouer à Virginia Woolf et Camille Claudel...
D'après Wikipédia :
"Le trait le plus évident du jeu n'est autre que sa différence avec la réalité. Jouer, c'est jouer à être quelqu'un d'autre, ou bien c'est substituer à l'ordre confus de la réalité des règles précises et arbitraires, qu'il faut pourtant respecter scrupuleusement. Il faut entrer dans le jeu, il ne supporte pas le scepticisme, notait Paul Valéry. Cependant, le jeu n'est plaisant que dans la mesure où cette entrée dans le jeu, en latin in–lusio, c'est-à-dire illusion, est librement consentie. Le jeu est l'occasion d'émotions puissantes, liées à ses aléas, au désir de gagner, au poids des enjeux. Pourtant, le jeu est, en première analyse du moins, "innocent", en ce sens que vaincre au jeu, ce n'est pas humilier l'adversaire. Prendre sa revanche est en droit toujours possible. « Toute nouvelle partie apparaît comme un commencement absolu », souligne Roger Caillois. Le jeu « est condamné à ne rien fonder ni produire, car il est dans son essence d'annuler ses résultats ».
Et puis, toujours d'après Wikipédia (honnêtement, j'ai été élevée au Petit Robert, mais leurs définitions, ... pfff, c'est limite incompréhensible !), le rire est pour Bergson :
"La thèse défendue dans l'ouvrage est que : "Le rire y est considéré comme une punition de la société envers les êtres qui s'écartent de la norme."
Alors chouette ! Sortons de la norme !
Jouons en riant, cela paraît la seule solution contre des pouvoirs en place qui placent, eux, la Peur comme constituant de société. 1789, Mai 68, périodes de révoltes, étaient conflictuelles et cela n'a pas fonctionné. Sans doute parce que les pouvoirs en place savaient trop comment les étouffer dès le départ. Mais contre le jeu, le rire, la solidarité, les échanges, ...? Ils ne connaissent même pas les mots ! Alors les concepts...
Je me permettrais de recommander, en ce samedi soir, festif donc parmi les travailleurs, THINK, d'Aretha Franklin et La Philosophie Batucada de Georges Moustaki. Et pour rester à la maison, Zoolander, film de Ben Stiller. Et bien sûr Rabbi Jacob, de Louis de Funès... Ou la scène chez les "gens du crû" dans Les bronzés font du ski... On est tous le beauf de quelqu'un d'autre !
Nous sommes revenus au temps de l'Empire, avec un nouveau Bonaparte/papa de retour à la maison. 53% l'ont voulu. Pour nous, les 47% autres, il nous faut accepter les limites de "Nul n'est censé ignorer la Loi". Mais en fouillant, nous pouvons lire que :
« Cet adage représente en fait une fiction juridique, c'est-à-dire un principe dont on sait la réalisation impossible mais qui est nécessaire au fonctionnement de l'ordre juridique. »
(http://www.viepublique.fr)
Soit. Alors, créons une nouvelle fiction, de rire et de jeu, après tout, une fiction en vaut bien une autre ! Et si c'est à nous de la choisir...! Pas d'utopie ni d'idéalisme, une vraie idée sérieuse !
Bonne soirée !
Amicalement,
Marie
Et pour commencer en un joyeux samedi soir d'aout
Ecrit par : marie | 04.08.2007
Chère Marie,
Merci pour votre souhait, qui tombe très bien puisque ce samedi soir d'août est celui de mon anniversaire !
Vos deux commentaires sont bien passés, mais en fait ils sont complémentaires. Peut-être le début sur le jeu est-il une réaction à la fin de ma note intitulée "Retrospectives (III)" ? Le jeu, le rire, oui, sont essentiels, non seulement à l'agrément que nous pouvons retirer de l'existence et de nos rapports à autrui, mais possèdent comme vous le soulignez une dimension politique. Indispensables à l'émergence d'une maturité démocratique, ils permettent de désacraliser le pouvoir, de faire émerger une vision distanciée, de faire reculer la peur, donc de favoriser la réflexion et le discernement. Sous les régimes dictatoriaux nul ne peut rire des représentants du pouvoir... L'ironie et la satire sont donc des entreprises de salut public...
Ecrit par : Sophie | 04.08.2007
Chère Sophie,
BON ANNIVERSAIRE !!!
J'espère que vous vous êtes bien amusée ! Et c'est sincère...
Honnêtement, avec l'ironie, j'ai du mal. Je préfère le burlesque, façon Chaplin dans le dictateur ou les films avec François Pignon, quand le gentil, manipulé, gagne à la fin... (Le grand blond avec une chaussure noire, L'emmerseur, la chèvre, ...).
J'aime dans le comique et le rire que les "méchants" soient ridiculisés, en fait. Comme dans les films de Louis de Funès par exemple.
Quant au jeu, quand ils sont petits, les enfants (je me souviens que ce fut mon cas aussi) veulent jouer à sauver les gens en étant pompiers, policiers, ... Il me semble que l'idée n'est pas si saugrenue et que si nous continuions à vouloir sauver le monde, en jouant et en riant, nous ne nous en porterions pas plus mal !
Encore très bon anniversaire,
Amicalement,
Marie
Ecrit par : Marie | 05.08.2007
Bon anniversaire Sophie !
Une petite citation d'Isaac Asimov comme cadeau, a adresser a tous nos amis Sarkophiles anti-pensee : "Si le savoir peut créer des problèmes, ce n'est pas l'ignorance qui les résoudra". Extrait de « L'univers de la science »
Haaaaa. Sacre Isaac :)
RemiZ.
Ecrit par : RemiZ | 07.08.2007
Merci à Marie et Remiz pour leurs voeux d'anniversaire, et à bientôt sur mon blog si vous le souhaitez, car je sens un autre "coup de nerf" me monter au nez...
Ecrit par : Sophie | 07.08.2007
La frêle Madame Parisot offrait un jour un raccourci saisissant et imagé à la phrase de Guy Debord ("Dans le monde rellement renversé le vrai est un moment du faux") : "le réel, c'est l'entreprise".
Pris de panique face à cet achèvement pratique de "la pensée situationniste", je cherchais névrotiquement dans la pensée universelle, si délicatement mise à rude épreuve ces derniers temps, une phrase contraphobique. J'épuisais mon angoisse dans moulte recherches par sociologues, politologues, philosophologues, scientologues, poètologues interposés. Mais toujours là, furetant à l'affût des petites pensées tout en vrac qui offrent encore à la vie que je mène quelques satisfactions pour les réduire au néant heideggérien dont elle se gonfle, je me devais de trouver la parade définitive.
Qui ? Quoi ? Comment ? Vite, vite !
Je ne voulais pas vendre mon âme à l'encan.
Bingo !
Ce serait Lacan :
"Le réel, c'est l'impossible"
Ecrit par : Michel Gros | 09.08.2007
Bienvenue, Michel. Lacan a expliqué aussi que l'inconscient, le Symbolique, et le langage, de même essence, prédominaient sur le Réel, imposaient leur loi au Réel. On pourrait donc les comprendre comme nos grilles de lectures humaines donnant un sens à celui-ci. Il est très inquiétant de voir que pour la patronne en chef Mme Parisot, notre humanité se résume à l'entreprise... Que sommes-nous donc censés être en dehors de celle-ci ?!... C'est un écho au propos de Mme Lagarde arguant que le contrat social se décline aujourd'hui en contrats de travail. En dehors du travail, sommes-nous rien d'autre que des animaux asociaux ?!...
Ecrit par : Sophie | 09.08.2007
Chère Sophie,
Au-delà d'être structuré comme un langage, l'inconscient se structure de lier le Réel, le Symbolique (soit lalangue) et l'Imaginaire sous la forme du noeud borroméen. Couper un des liens, cela désolidarise les deux autres et le sujet ... de l'inconscient pâtit gravempent de cette dé-solidarité structurelle. Nulle hiérarchie donc entre le R, le S et l'I.
Toutefois aujourd'hui nous pourrions peut-être affirmer que l'Imaginaire pâtit d'un Réel "Sarkomnipotent".
Merci pour votre blog et l'extrême qualité de vos textes.
Ecrit par : Michel Gros | 09.08.2007
Merci, cher Michel, et merci aussi pour vos explications lacaniennes. Bientôt un autre texte sur ce blog, mais il me faut d'abord exercer ma pensée sur un travail en cours...
Ecrit par : Sophie | 09.08.2007
Une chose nous dépasse : l'art, le jeu, le goût de la provocation, de la part de cette grande bourgeoisie.
Ecrit par : grellety | 03.12.2007
Bienvenue, Jean-Christophe. Provoquer implique en principe qu'on veut obtenir une réaction. Or il me semble que ces bourgeois ultralibéraux cherchent plutôt à soumettre.
Ecrit par : Sophie | 03.12.2007
Sophie, ce n'est pas dans ce sens que je parle ici de "provocation", mais au sens où des individus expriment des signes, des idées, adoptent un comportement par lesquels ils se moquent de certaines personnes, au sens où ils testent la réaction de ces derniers. Il s'agit surtout d'exprimer son narcissisme, le contentement de soi. Car lorsque cette dame recommande de "ne plus penser", il ne s'agit pas d'un objectif mais d'une réalité. Elle présente les choses de manière biaisée, et quelles réactions a t-on observé ou entendu dans le pays ? Très peu... Précisément, parce que les citoyens passent leur vie à travailler, à être obsédés par le travail (pour la nécessité dans laquelle se trouvent certains d'en trouver), et... penser est, selon eux, un luxe qu'ils ne peuvent pas se permettre. En fait, ne veulent pas, parce que sinon, la situation du monde et de notre pays leur paraîtrait insupportable, scandaleuse, inacceptable.
Ecrit par : grellety | 03.12.2007
D'accord, Jean-Christophe, j'avais mal saisi mais après éclaircissement je suis tout à fait d'accord avec vous. Beaucoup de nos contemporains avancent (ou plutôt font du sur-place !) les yeux voilés et la pensée en robe de chambre; lles ultralibéraux n'ont que le pouvoir qu'ils leur abandonnent.
Ce que vous dites me fait penser à un passage de "L'Anatomie du pouvoir", de Galbraith : "c'est là toute l'ambiguïté du mot anglais 'leader'. Il désigne aussi bien quelqu'un qui sait soumettre les autres à ses propres fins que l'individu habile à s'identifier à la volonté déjà conditionnée de la foule et à révéler à celle-ci ce qu'elle veut."
Ecrit par : Sophie | 03.12.2007
Un exemple de provocation : ces ultra-libéraux qui viennent de ré-obtenir la majorité parlementaire passent leur temps à faire l'éloge, généraliste, du "travail". Pour gagner plus, il fallait, faudrait "travailler plus", ce qui était déjà le cas avant d'être ainsi formulé, puisque aucun travailleur ne gagne plus sans travailler plus ! (en faisant par exemple des heures supplémentaires dont le principe existe depuis belle lurette). Dans le même temps, ils expliquent que "la France est en faillite" ou encore qu'il "n'y a pas d'argent dans les caisses", mais ils accordent à Sarkozy une augmentation de 172% et font passer le budget de l'Elysée de 33 à 100 millions d'euros. C'est l'exemple type d'une provocation, d'un bras d'honneur fait aux citoyens. Réponse de ceux-ci : des grognements, mais rien de plus, de significatif. Avec l'élection de ce "leader", le petit Nicolas, la France souffre du syndrôme De Funès : le petit, chef, qui engueule tout le monde, qui méprise tout le monde, mais que les autres contemplent et suivent en riant et avec joie. Louis faisait des mimiques en jouant, l'autre les fait dès que la tension monte...
Ecrit par : grellety | 03.12.2007
Les exemples édifiants que vous citez montrent que le pouvoir actuel se permet absolument tout, à coups de propagande et de cynisme, comptant sur l'endormissement de l'opinion et la complicité des "grands" médias et des instituts sondagiers. La plupart des gens n'ont plus de conscience politique, voire plus de conscience tout court pour s'en indigner durablement. Excellent, la comparaison avec de Funès; c'est effectivement très ressemblant ! J'ai un peu de mal avec les moqueries sur le physique de Sarkozy, car d'une manière générale le physique ne doit pas interférer sur notre jugement, mais il faut bien avouer qu'il semble s'ingénier à ressembler à sa caricature !
Ecrit par : Sophie | 03.12.2007
Le physique, c'est un héritage dont aucun d'entre nous n'a été le créateur ni le décideur, mais c'est aussi ce que nous en faisons, la manière dont nous le vivons. Les "petits hommes" sont, je l'ai observé, très rancuniers à l'égard de la vie, car ils passent leur temps à lever la tête vers celles et ceux qui les dépassent, comme lorsqu'ils étaient d'éternels enfants. Ainsi, nombre d'entre eux souffrent d'un complexe d'infériorité, et ils sont souvent poussés à vouloir démontrer qu'ils sont "supérieurs", plus beaux et forts. Le narcissisme de l'actuel locataire de l'Elysée est énorme. Rappeler donc la petite taille de ce monsieur, c'est donc aller à l'encontre de ce narcissisme. A mes yeux, vous l'avez compris, il est "petit" dans tous les sens du terme : mesquinerie, machiavélisme, sournoiserie, mensonge, etc.
Le dernier exemple en date des coups fourrés de l'Etat, et du silence de trop de médias, concerne le droit du travail. Je vous indique un lien en url pour vous informer.
Ecrit par : grellety | 05.12.2007
Les hommes petits souffrent en effet très souvent d'un complexe, dû principalement à une pression sociale injuste : une femme de petite taille ne subit pas les mêmes préjugés défavorables. C'est parfois même le contraire : une petite femme va susciter un désir de protection. Mais dans l'inconscient collectif et les canons esthétiques en vigueur, un homme doit être grand ! Après, c'est évidemment à chacun de gérer son complexe et de le dépasser s'il se peut, s'affirmer sans esprit de revanche et sans désir d'écraser à son tour autrui. Evolution par laquelle effectivement le locataire actuel de l'Elysée n'est toujours pas passé, et à son âge, c'est sans doute fichu ! Le complexe qu'il fait à l'évidence de sa taille est bien plus ridicule que sa taille elle-même.
A ce propos, j'ai commencé le livre récent d'Alain Badiou, "De quoi Sarkozy est le nom" (Ed. Lignes), "petit comptable" et autre "Napoléon-le-très petit" y abondent. "Défaut" physique et critique de la personnalité et de l'idéologie sarkoziennes y sont fréquemment associés. Le procédé me semble un peu trop systématique.
Je suis au courant pour la réécriture du droit du travail, mais toute info à ce sujet m'intéresse et j'irai consulter votre blog.
A bientôt, j'espère.
Ecrit par : Sophie | 06.12.2007
franchement c'est un site trés bien merci
Ecrit par : jean | 11.11.2008
Bienvenue, Jean et merci.
Ecrit par : Sophie | 11.11.2008
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