23.07.2007

En finir avec le monarchisme républicain

                       7fcbb88dc613fc7bd9244cab75a50a8b.jpgBien que pourvue, conformément à mon identité femelle, d’un système pileux modeste, je ne peux regarder le moindre reportage trahissant, en fond sonore ou pictural, le décorum royal dont se tartinent les sommets de l’Etat , sans avoir l’impression qu’une forêt de poils se hérisse d'indignation sur mes membres : palais Pompadour, villégiatures seigneuriales, escortes empressées, carrosses lustrés, respect révérenciel, trésorerie somptuaire, dépenses nébuleuses, pectoral doré, portraits en gloire, hallebardiers casqués, ouvreurs de portes, porteurs de parapluie et autres larbins compassés… voilà pour le protocole habituel.

    Quant à ce qui transparaît de l’attitude générale de nos gouvernants, il est loisible de le juger à la même aune de princier sans-gêne : celui d’une élite auto-assumée pour laquelle les biens et la souveraineté de l’Etat (et dans une certaine mesure de ses subdivisions territoriales) sont consubstantiels, non à l’entité morale et juridique de la nation, mais à leur fonction et par une extension choquante, à leur personne.

         Sous l’Ancien Régime, le royaume de France étant une possession héréditaire du monarque, les coffres de l’Etat l’entretenaient, ainsi que son entourage familial et ses subordonnés. En république, la France n’appartient évidemment à aucune personne physique, le peuple se gouvernant par le truchement des représentants qu’il élit, et rétribue pour l’exercice de ces fonctions. Au nom de quel principe constitutionnel les président, premier ministre et ministres sont-ils donc logés, nourris, blanchis, conduits, servis, aux frais exclusifs de leurs administrés, au nom de quelle légitimité institutionnelle peuvent-ils piocher en toute obscurité dans les finances publiques pour mener le train de vie opulent et ostentatoire de suzerains qui ne disent pas leur nom ?   

         L’idée que les gouvernants, y compris le plus haut, devraient prendre en charge leurs dépenses personnelles, c’est à dire toutes celles, quelle que soit leur nature, qui ne tiennent en rien à leurs responsabilités officielles, paraît en effet tenir de l’éthique politique la plus élémentaire. Pourquoi ne pourrait-on adopter les pratiques de sobriété et de transparence en vigueur dans les démocraties nordiques ?... Si une luthérienne simplicité ne convenait pas à nos dirigeants, ils pourraient toujours claquer en toute flamboyance méditerranéenne leurs propres sous, et faire ainsi œuvre utile pour soutenir la consommation de petits fours et d'écrans plasma

         Bref, quand donc la république française se dépouillera-t-elle définitivement des oripeaux de la monarchie héréditaire de droit divin, y compris dans la terminologie – ne parle-t-on pas couramment des « fastes » de la république, ne désigne-t-on pas la circonscription d’un député comme son « fief », la femme du président comme « la première dame de France » ?...

         Probablement pas dans les cinq ans à venir, en tout cas. Dans notre monarchisme républicain hybride, le nouvel impétrant, qui use de toutes les ressources de son hyperactivité gouvernementale, de sa stratégie de marginalisation de l’opposition et d’une omniprésence médiatique bien orchestrée, pour accentuer la regrettable présidentialisation du régime, semble à l’aise comme loup en forêt profonde. Il est assisté notamment par deux alliés de choix, dont les comportements opposés lui servent habilement de faire-valoir.

         D’abord un chef de gouvernement inutile : si dans notre régime, cette fonction porte en principe son titulaire à assumer une responsabilité majeure, susceptible en outre de le positionner comme successeur ou rival potentiel du président, ce premier ministre-ci pousse l’effacement jusqu’à préconiser lui-même la disparition de sa fonction. Puis une épouse à l’apparence et au comportement hiératiques propres à accompagner la pipolisation de la vie politique, et visiblement éprise de reconnaissance personnelle. L’affaire de la Carte Bleue, émargeant directement sur le Trésor Public, attribuée à Cécilia Sarkozy, a déjà mis en évidence que les rênes de l’Etat sont tenues par des gens considérant de manière explicite et « décomplexée » que le statut privé d’épouse du président lui confère l’usance des fonds publics – Carte qu’elle a ensuite restituée du fait de la polémique engendrée, mais peut-être aussi, comme le suggérait le Canard Enchaîné (11/07/07) parce que les montants ainsi réglés étaient susceptibles de ne plus demeurer confidentiels… Mais en accompagnant le 12 juillet en Libye le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant venu évoquer avec Khadafi le sort des infirmières bulgares – tiens, une affaire étrangère non confiée au ministre afférent… -, Madame Sarkozy a puisé à nouveau dans une idéologie monarchique : s’arroger ainsi un droit de représentation de son mari auprès d’un chef d’Etat étranger est le fait de la reine, non d’une personne à laquelle la constitution républicaine ne reconnaît aucun pouvoir, aucun office.

         Dans un contexte propre à alimenter tout poujadisme de mauvais aloi, il est grand besoin de rappeler quelques fondamentales évidences : le président de la république et les ministres sont des fonctionnaires. Ils se positionnent aux premières places de la pyramide administrative, et non pas d’une pyramide féodale. L’honneur de leur fonction est de servir en s’oubliant, non de se servir en oubliant leurs devoirs.

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Commentaires

1er passage, mais une belle surprise.
Très joli rappelle du béaba républicain que beaucoup ont oublié depuis longtemps.
La France a fait sa révolution politique mais pas sa recherche éperdue des bras de l'homme providentiel de droit divin! l'election du président de la république au suffrage universel avec tous les pouvoirs acquis, tout comme la dernière campagne présidentielle nous démontrent à quel point le peuple français n'était pas sorti de la quête du monarque absolu, signe d'une inconsistance démocratique inquiétante.

Ecrit par : enzo d'aviolo | 24.07.2007

Merci pour votre commentaire avec lequel je me trouve en plein accord. On aurait pu croire que le peuple français montrerait dans une large majorité plus de maturité démocratique. Le "sarkozysme" atteste hélas que ce n'est pas le cas. On pourrait trouver par exemple quelques excuses aux Russes, passés directement des tsars au totalitarisme, de ne pas faire confiance à leur récente démocratie: mais nous, avec notre tradition républicaine vieille de deux siècles, n'en avons aucune ! Il nous faut ainsi dénoncer le moindre des manquements à ses principes, et ces temps-ci ce n'est pas l'ouvrage qui manque... Apparemment vous êtes pour la suppression de l'élection du président au suffrage universel; ce serait en effet redonner le pouvoir au Parlement. Dans cette optique quelle pourrait être le mode d'élection du président ?

Ecrit par : Sophie | 25.07.2007

@Sophie
Finalement une fois l'election du Président au suffrage universel direct supprimée, la question du mode de désignation devient secondaire tant les pouvoirs sont entre les mains du gouvernement et du parlement, comme dans la plupart des démocraties parlementaires qui nous entourent où le president n'a qu'un rôle de représentation.
Pour ma part, je serais favorable à une désignation par le congrès (deux assemblées) de la même façon que le parlement désigne son président, les parmentairesayant la légitimité elective directe du peuple.
Sur ces questions et d'autres, n'hésitez pas à venir en discuter ici: http://forum.renovaction-socialiste.org/

Ecrit par : enzo d'aviolo | 25.07.2007

La monarchie est plus que jamais le système de gouvernement français...

Ecrit par : jean-christophe Dupuis-Rémond | 29.07.2007

En effet, et on ne doit perdre aucune occasion de le dénoncer fermement. Voilà bien un point sur lequel une "rupture" décisive serait de plus grand besoin...

Ecrit par : Sophie | 29.07.2007

Chère sophie on a beacoup cité le texte d'hugo "napoléon le petit", ça m'a donné quelques idées mais je n'avais pas trouvé à les partager avec grand monde jusque là, soyez en une destinatrice naturelle.

"La main dans le revers de la vareuse, comme l’autre !!"

La complexion de faible stature les rapproche
Bien qu’à près de deux siècles d’intervalle
Et si l’œil est fort vif, la langue est fort acérée
De ces petits chefs commandant sans reproche
On reconnaît la verve presque intarissable
Galvanisant des foules aux anges et pénétrés
D’une vision grandiose celle de leur avenir.
Obnubilés par la destinée, prompts à inscrire
Des talents de futurs presque grands vizirs
Ils impriment d’abord la marque de leur désir.
Mais la comparaison s’arrête là et tourne court
Car si pour être à leur côté fort bien en cour
Il faut apparaître comme libéré des vassalités
Pour mieux reproduire une nouvelle féodalité.
Le consistoire israélite fut crée par l’un
Tandis que l’islam a été promu par l’autre.
Chacun à la recherche de sa propre promotion
Soigne son image auprès de la grande nation.
L’un fut membre d’un célèbre triumvirat
L’autre aventurier est du genre « qui vivra verra ».
Si il n’a pas décidé d’avoir son camp de Boulogne
Il n’empêche qu’il se met en scène sans vergogne.
Il s’apprête à avoir, au Bourget, son propre Austerlitz
Qu’il prend des allures de Chopin ou bien de Liszt
Mais sait il que l’attend, après cent jours, un Waterloo
Il continu cependant son chemin, incontinent, et ne dis mot.

ensuite celui ci

"Face à la chienlit, seul l’homme providentiel…"
Dans ce tumulte ambiant et ces actes répétés de défiance à l’égard d’un pouvoir à bout de souffle dans une imposture godardienne il y a matière à poser la question de la suite à donner et dans ce cas il vaudrait mieux ne pas déclarer comme dans le procès Dreyfus « la question ne sera pas posée » car il faudra bien tôt ou tard trouver un successeur à un président qui ressemble à un camembert avancé qui frappe fort de près mais n’effraie plus que les mouches !
Est-ce un homme providentiel au caractère messianique qui va nous dépêtrer
Et dans un geste salvateur incarner le pays dans sa diversité, lui insuffler un part de confiance et d’audace pour se lancer à l’assaut des derniers bastions à conquérir et sans coup férir récupérer le jackpot comme il se doit ?
Qui sera cette personne à l’écoute du pays profond qui pourra à nouveau parler de fracture sociale après un tour de France des popotes, pas dans la caravane des potes, encore que en matière de popularité ce serait sûrement indiqué ?
Alors dessinez moi le profil anthropométrique de cette perle rare qui saura parler du bien commun, des valeurs républicaines et qui pourra peut être faire oublier cette décrépitude avancée qui nous révulse et nous inquiète tant la mine de certains est décevante, pire confondante d’hypocrisie et surtout d’impuissance.
Les sondages abritent ils dans leurs chiffres les clés d’un futur combat pour l’accès à cette suprême magistrature après une terrible et définitive rature ?
Et comment passerons-nous du caprice des dieux au suprême des ducs en évitant
Le livarot ? Dans les paddocks s’affairent les écuries qui bouchonnent les robes à qui mieux mieux et les étalons piaffent tandis que les haquenées hennissent à l’unisson.
Les sabots frappent le parvis et les étincelles jaillissent dans cette grande préparation fougueuse au sprint final qui menace d’être haletant entre hongre et alezan.

Ecrit par : thierry | 12.09.2009

Fort bons textes, Thierry. Mais plutôt que d'un homme providentiel, c'est une providentielle prise de conscience collective dont nous avons besoin... La majorité élective a les dirigeants qu'elle a élus, par conséquent les dirigeants qu'elle mérite... Sinon, juste pour pinailler un peu, Napoléon le Petit, pour Hugo c'était le III, et pas le I !

Ecrit par : Sophie | 12.09.2009

Il y en a d'autres car c'est un sujet sur lequel je reviens souvent n'étant pas sarkolâtre de nature. Oui on se demande encore comment faire réagir et secouer l'opinion
qui n'a pas pignon sur rue et ne se rue pas à l'assaut, pourtant il reste tant de bastilles à prendre, à force d'avaler des pastilles, l'atonie est telle. Mais si la brise de la pastille pouvait montrer à quel point la batterie est changée (j'ai vu aussi combien ces sources d'énergie étaient source d'énervement ce matin en refaisant un grand tour de lecture dans vos archives).
Oui pour napoléon il n'y en pas qu'un, l'un louis qui ne luit pas tant que ça même si on a réhabilité sa part de modernisme, l'autre qui sans être un oncle incarné, à laissé dans ses carnets trop de turpitudes et de cadavres.
j'ai fais non un amalgame mais un joyeux mélange car des pâles copies qui s'ingénient à chercher leur part de gloire en invoquant les mânes d'ancêtres pas si lointains, on peut encore souligner le côté dérisoire de vouloir laisser à toute force une trace dans l'histoire.

Ecrit par : thierry | 12.09.2009

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