17.07.2007

"Le Complot des Papillons" et "Le Dictionnaire du Diable"

        4ee7977da21aafa75fd71ba7cccc02f1.jpg                                Quelques mots sur mes deux plus récents coups de cœur, qui n’ont nul rapport l’un avec l’autre fors celui de m’avoir procuré du bonheur littéraire et par conséquent du bonheur tout court, mais curiosité et éclectisme ne sont-ils pas justement les deux mamelles du plaisir de lire ?

         « Le Complot des Papillons », quel joli nom. Mesure-t-on d’ailleurs l’influence que peut avoir la grâce d’un titre sur nos achats de livres ?... Dans ce roman initiatique de Patrice Lanoy, écrivain, journaliste et voyageur, ces lépidoptères comploteurs sont « les hordes de décisions et d’actions imperceptibles qui peuplent la plus ordinaire de nos journées », « des choses invisibles et légères qui peu à peu tissent ou défont la trame de l’Essentiel », « préparant les bonheurs et les peines » en « frétillant incessamment au fond de nous ». Un drôle de marin astrophysicien, Loïc, en rupture sociale pour cause du deuil douloureux de sa femme, embarque à bord de son voilier une adolescente effrontée, Klara, et son cousin Sol, un enfant autiste. Ce qui ne devait être qu’une petite balade en mer va s’éterniser en une erratique errance. La métaphore file clair, le cheminement intérieur du héros principal faisant écho aux péripéties des naufragés et aux rapports contrastés qu’il établit avec ses deux compagnons. La folie n’est pas loin, mais la rédemption non plus.

         L’auteur brasse avec originalité des thématiques métaphysiques, ces quelques questions essentielles, infini, temps, conscience ou religion, que nous nous posions sans doute déjà le soir au fond des grottes, dans un style poétique mais jamais pesant. Les réponses que Loïc concocte pour Sol, l’autiste inopinément sorti de la nuit, mais aussi les souvenirs lancinants de la femme aimée, pétris de tendresse, figurent parmi les meilleurs passages. Une œuvre irisée et aérienne comme une aile de papillon.

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         bbf8ebbbe7ba59d9a54ea5c2d676ab02.jpg                        Ambrose Bierce (1842-vers 1914), écrivain et journaliste américain, vous connaissez ? Un type étonnant. Esprit brillant et plume acerbe, il écrivit de nombreux ouvrages, mais le plus marquant est sans conteste ce « Dictionnaire du Diable », auquel il travailla pendant 25 ans en commençant, on ne sait pourquoi, par la lettre P. Ce chef d’œuvre d’humour amer parut pour la première fois en 1906 ; on trouve actuellement une traduction française en édition poche dans la collection Rivage. A 71 ans, Ambrose Bierce rejoignit l’armée de Pancho Villa et disparut à une date inconnue en combattant aux côtés des paysans mexicains. Le « Devil’s Dictionary » rassemble 998 définitions désopilantes, petits bijoux de critique sociale et de fin sarcasme, illustrées pour certaines de fausses citations abracadabrantes signées d’auteurs imaginaires aux patronymes improbables (j’aime particulièrement Worgum Slupsky et J.H. Bumbleshook). Bierce, dont la vie privée fut par ailleurs peu glorieuse (sa femme le trompa et il la quitta, son fils aîné se suicida et son fils cadet mourut de pneunomie), était visiblement un sacré pessimiste. On en rit encore.

         Quelques définitions au hasard dans la lettre A.

      Abdication : Acte à travers lequel un souverain atteste qu’il est sensible à l’élévation de température de son trône.

     Aborigènes : Personnes de moindre importance qui encombrent les paysages d’un pays nouvellement découvert. Ils cessent rapidement d’encombrer ; ils fertilisent le sol.

         Abruti : Personne omniprésente dans les domaines de la spéculation intellectuelle, également très active dans les voies de l’activité morale.

         Admiration : Reconnaissance polie d’un point commun que nous rencontrons chez autrui.

         A la rue : Qui a payé toutes ses taxes foncières.

       Alliance : En politique internationale, union de deux voleurs qui ont leurs mains si profondément enfoncées dans les poches l’un de l’autre qu’il leur est difficile de s’en prendre séparément à un troisième.

        Ambition : Irrésistible désir de se voir traîné dans la boue par ses ennemis de son vivant, et ridiculisé par ses amis après son trépas.

         Amnésie : Don de Dieu accordé aux débiteurs, pour compenser leurs faiblesses de conscience.

         Amour : Folie temporaire que l’on peut guérir par le mariage ou en retirant le patient du champ d’influence qui est à la source de l’indisposition.

         Année : Période de trois-cent-soixante-cinq déceptions.

         Antipathie : Sentiment inspiré par l’ami d’un ami.

         Audace : L’une des plus évidentes qualités d’un homme en sécurité.

         Autosatisfaction : Evaluation erronée.

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Commentaires

tout simplement excellent. il m'était totalement inconnu cet homme.

Ecrit par : enzo d'aviolo | 25.07.2007

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